COP30 – Fossiles, argent et commerce mondial, le compte à rebours des décisions

À Belém, la conférence climat des Nations unies entre dans sa phase finale sous haute tension. Entre désaccords profonds sur la sortie des énergies fossiles, blocages sur les financements pour les pays vulnérables et frictions commerciales inattendues, les négociations peinent à accoucher d’un compromis consensuel. Le risque d’une COP sans avancée majeure plane.
Les dernières heures d’une COP sont souvent les plus décisives, mais aussi les plus chaotiques. À Belém, au Brésil, les couloirs du centre de conférence bruissent d’allers-retours frénétiques, de réunions improvisées et de négociations nocturnes. À l’approche de la clôture officielle prévue vendredi 21 novembre, les 194 délégations engagées dans la COP30 tentent de transformer dix jours de discussions en un texte final adopté à l’unanimité. Après une première semaine dominée par des échanges informels et des mobilisations de la société civile, les discussions ont brusquement accéléré à partir du 17 novembre. Face à la crainte d’un enlisement, le président de la COP, André Corrêa do Lago, a lancé un appel à la mobilisation collective, baptisé mutirão. Dans son sillage, un premier projet d’accord de neuf pages, recensant 58 points de négociation, a été mis sur la table. Mais loin de rapprocher les positions, les versions successives du texte ont ravivé les fractures.
La question des énergies fossiles s’est imposée comme l’épicentre des tensions. Bien qu’elle ne figurait pas explicitement à l’agenda initial, elle s’est rapidement invitée au cœur des débats. Le Brésil, pays hôte, a lui-même ravivé le dossier en appelant à l’élaboration d’une feuille de route mondiale visant à réduire progressivement la dépendance au pétrole, au gaz et au charbon. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement de la COP28, où les États avaient acté, non sans difficultés sémantiques, le principe d’une transition hors des énergies fossiles. Depuis, aucun cadre opérationnel n’a vu le jour. À Belém, une coalition de plus de 80 pays, incluant des États d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe, soutient désormais l’idée de poser un premier jalon politique.
Mais l’opposition est frontale. Les grands producteurs d’hydrocarbures, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et l’Iran, rejettent toute mention d’une telle feuille de route, considérée comme une menace directe à leurs intérêts économiques. Résultat : la dernière version du texte proposée par la présidence brésilienne a gommé toute référence explicite aux énergies fossiles, déclenchant l’ire des pays favorables à cette orientation. Le bras de fer est total.
Autre point de crispation majeur : la finance climat. Les pays développés s’étaient engagés l’an dernier à mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour aider les pays vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique. Une promesse aussitôt jugée insuffisante, tant par son montant que par son flou opérationnel. À la COP30, les pays du Sud réclament des réponses concrètes : qui paiera, sous quelle forme, et pour quels usages précis ? La question de l’adaptation est particulièrement sensible. Jusqu’à présent, les fonds mobilisés restent largement en deçà des besoins estimés par l’ONU, et sont majoritairement octroyés sous forme de prêts, accentuant l’endettement des États bénéficiaires. Pour les pays les moins avancés, la situation est devenue intenable. Ils demandent une augmentation significative des financements dédiés à l’adaptation, ainsi qu’un basculement vers des dons. Une requête que l’Union européenne refuse catégoriquement, estimant déjà assumer une part disproportionnée de l’effort financier mondial. Ce désaccord profond menace de bloquer l’ensemble du paquet financier.
Invité surprise des négociations, le commerce international s’est glissé dans le débat climatique. Une référence aux mesures commerciales unilatérales dans un projet de texte a déclenché une levée de boucliers parmi les pays émergents. En ligne de mire : le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières, qui entrera en vigueur en 2026. Pour Bruxelles, cet outil vise à éviter les fuites de carbone et à encourager des standards environnementaux plus ambitieux à l’échelle mondiale. Pour ses détracteurs, il s’agit d’un protectionnisme déguisé, pénalisant des économies qui n’ont ni les mêmes moyens financiers ni la même responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Le débat illustre la difficulté croissante d’articuler politique climatique et règles du commerce mondial.
Dernier chantier clé de la COP30, la déforestation bénéficie d’un soutien plus large, sans pour autant échapper aux débats. Le président Lula souhaite faire de la protection des forêts tropicales l’un des marqueurs de cette conférence, notamment à travers un fonds international dédié et l’adoption d’une feuille de route commune. Les chiffres sont alarmants : en 2024, plus de huit millions d’hectares de forêts ont disparu, bien au-delà de la trajectoire compatible avec un arrêt de la déforestation d’ici 2030. Si le sujet semble moins clivant que les fossiles ou la finance, il reste à traduire les engagements politiques en mécanismes concrets et contraignants. À Belém, le temps presse. Entre lignes rouges, compromis fragiles et intérêts divergents, la COP30 avance sur une corde raide. Reste à savoir si, dans les dernières heures, la diplomatie climatique parviendra à transformer la tension en accord, ou si cette conférence rejoindra la liste des occasions manquées.



