Afrique Centrale : Plus de 25 millions de personnes sous le seuil de la pauvreté

Dans un environnement où l’espérance de vie se situe désormais à 62, 3 ans, avec moins de 1668 FCFA en poche/jour, soit environ 3 dollars selon le cours actuel. 25,7 millions de la population en Afrique Centrale vit sous le seuil de la pauvreté, indique le Baromètre économique de la CEMAC publié courant décembre 2025 par la Banque Mondiale. Situé à 37 %, soit une hausse de 5,9% par rapport à 2023. La pauvreté en Afrique Centrale est l’expression de divers facteurs, notamment les conflits et l’instabilité politique, le manque d’infrastructures, la dépendance aux matières premières et à l’agriculture de subsistance, la mauvaise gouvernance, la corruption, les inégalités structurelles, les chocs climatiques, et des faiblesses dans l’accès à l’éducation et aux soins de santé. Autant d’éléments discordants qui créent un cercle vicieux d’exclusion économique pour une population qui devrait atteindre 1,8 milliard en 2035 et 2,2 milliards d’ici 2054, révèle Worldometer.
Pour une population estimée à 65,4 millions d’habitants, le document de la Banque mondiale expose des disparités en matière de pauvreté pour l’ensemble des 6 pays. Sur les 29,1 millions de camerounais recensés, 11,1 millions vivent sous le seuil de la pauvreté. Bien que portée par une croissance de 3,5 % en 2024 ; l’incidence de la pauvreté a légèrement augmenté, passant de 27,3% à 27,6% ; « le nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour (près de 1700 FCFA) est passé de 7,1 millions à plus de 8 millions entre 2021 et 2024 ». En effet, le taux de participation de la population active au marché du travail s’est fortement dégradé ; celui-ci est passé de 79,1% à 64,3% en 16 ans. Si le Cameroun a certes fait preuve de résilience, « … Conjugués à une croissance économique atone, à une inflation persistante, à une faible création d’emplois et à des chocs récurrents, les progrès réalisés dans la réduction de la pauvreté continuent d’être compromis », soutient l’équipe de la Banque Mondiale.
À côté de la croissance du PIB réel qui devrait s’établir en moyenne à 3,7 % sur la période 2025-2027, tirée par une offre d’électricité plus élevée et des investissements publics et privés plus importants. Il est attendu des autorités camerounaises, « Le renforcement des marges de manœuvre macro-budgétaires, l’accélération des réformes structurelles pour stimuler la productivité et l’investissement privé, et l’amélioration du ciblage de la protection sociale », afin de soutenir une croissance inclusive et réduire progressivement l’extrême pauvreté.
La Centrafrique, une économie stagnante fragilisé par une insécurité chronique
Malgré une croissance réelle du PIB à 2,7% fin 2025, soutenue par une amélioration de la disponibilité des carburants et une forte progression des exportations d’or. La Banque mondiale estime à 67,7 %, la population centrafricaine qui continue de vivre dans l’extrême pauvreté. Sur les 5,3 millions d’habitants, 3,7 de personnes peinent à vivre avec au moins 1500 FCFA. En effet, l’extrême pauvreté reste très répandue et les disparités géographiques en sont marquées : 78,3 % en milieu rural contre 51,8 % en zone urbaine. Si la croissance moyenne du PIB devrait s’établir à environ 3% en 2026 et 3,1 % un an plus tard. Pour l’heure, « Le pays est confronté à un risque élevé de surendettement et à des pénuries de liquidités, ce qui menace sa capacité à couvrir la masse salariale des fonctionnaires et les services essentiels pour la population ». D’où l’institution de Bretton Woods assure, « il faut des réformes urgentes dans le secteur des carburants, l’environnement des affaires, les politiques budgétaires et la gestion des finances publiques ».
Au Congo, la pauvreté reste inchangée depuis 2022
La cartographie de l’économie du Congo indique que, l’effondrement des prix du pétrole de 2014 à 2016 et la pandémie de COVID-19 ont entraîné une récession économique prolongée et une augmentation de l’extrême pauvreté, qui est passée de 37% en 2015 à 51,8 pour cent en 2022. Avec 2,5 millions de pauvres en 2024, l’économie congolaise devrait croître en moyenne de 3,1% entre 2026-2027, l’extrême pauvreté reculant d’environ 0,4 point de pourcentage au cours de cette période. L’incidence de la pauvreté devrait diminuer de moins de 1 pour cent, reflétant la création limitée d’emplois pour les groupes vulnérables
Alors que le ratio dette/PIB a culminé à 103,5 % en 2020, mais est retombé à 93,5 % en 2024 en raison de la hausse des prix du pétrole, de l’amélioration de la gestion de la dette et des accords de restructuration. Le PIB par habitant est resté stable au premier semestre 2025, laissant le taux de pauvreté inchangé. Pour maintenir ce pseudo équilibre, le recours à l’assainissement des finances publiques, tant du côté des recettes que des dépenses, a permis d’accroître l’excédent budgétaire malgré la baisse des prix du pétrole.
De plus, afin d’éviter que les échéances à venir sur le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) n’intensifient les pressions sur les flux de trésorerie, le gouvernement met en place des mesures proactives de gestion de la Trésorerie notamment le Programme national d’optimisation de la trésorerie (PNOT) visant à reprofiler 935,6 milliards de FCFA de la dette régionale. Cependant, le Congo reste en situation de surendettement en raison de l’accumulation persistante d’arriérés intérieurs et extérieurs. Cela entraînant des progrès négligeables dans la réduction de la pauvreté, qui devrait atteindre 52% fin 2025.
7,3 millions de tchadiens survivent
Les résultats économiques du Tchad ont été marqués par la volatilité et une croissance modeste tirée par sa forte dépendance au pétrole, secteur qui représente environ 15% du PIB et contribue à 41% des recettes publiques et à 76 % des exportations. Néanmoins, l’économie tchadienne reste très vulnérable aux chocs climatiques et aux aléas naturels. L’agriculture, qui représente environ 40 % du PIB et fait vivre une grande partie de la population, a été régulièrement touchée par des sécheresses, des inondations, des conflits et des déplacements. Ces chocs ont freiné la production, endommagé les infrastructures et contribué à une insécurité alimentaire persistante.
En mai 2025, 2,3 millions de personnes (11,3% de la population) étaient en situation d’insécurité alimentaire. Ici, le marché du travail est largement informel (environ 88 % des emplois) et basé sur l’agriculture, avec des revenus faibles et volatils qui perpétuent la pauvreté, tandis que le secteur formel reste étroit et que l’inadéquation entre les compétences et les emplois limité les opportunités. À fin 2025, l’extrême pauvreté devrait atteindre 45,4% de la population et 47,6%en 2027, portée par une situation financière qui reste fragile, une sous-capitalisation d’importants prêts et des retards dans le respect des normes prudentielles par les banques publiques.
Un nouvel élan pour améliorer les conditions de vie de 0,7 millions de personnes pauvres
Selon les estimations de la Banque mondiale, environ 34 % de la population gabonaise sur un total de 2,5 millions d’habitants, vivraient en dessous du seuil de pauvreté de 8,30 dollars par jour (plus de 4500 FCFA). L’économie, fortement dépendante du pétrole, reste vulnérable aux chocs extérieurs. Les défis en matière d’infrastructures d’énergie et de transport, ainsi que les obstacles réglementaires au commerce, compromettent le potentiel de croissance du secteur privé et de création d’emplois de qualité. De nombreux indicateurs de performance en matière de santé publique, d’éducation et d’autres services restent inférieurs par rapport aux attentes. Un facteur qui devrait être corrigé avec la transition politique qui a récemment eu lieu.
En effet, le Gabon a donné un nouvel élan aux réformes, avec des actions telles que l’adoption d’une nouvelle constitution limitant le nombre de mandats présidentiels. Un Gouvernement élu a pris le pouvoir au mois de mai 2025 et des élections législatives ont été organisées en septembre et octobre 2025. Un nouveau Plan national de croissance et développement, en cours d’élaboration, est centré sur la croissance, la création d’emplois, les infrastructures et les réformes en matière de gouvernance afin d’améliorer les conditions de vie des populations.
Bien que le taux de chômage reste élevé, la croissance des secteurs non pétroliers, la mise en œuvre de grands projets de travaux publics et les transferts sociaux devraient progressivement générer des emplois et augmenter les revenus des ménages. La part de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure devrait diminuer d’environ 1,5 point de pourcentage sur la période 2025-2027, vu les projections de la Banque mondiale.
1 million de pauvres sur 1.9 millions malgré les efforts de gouvernance
L’économie équato-guinéene, dépendante du pétrole, a connu une récession prolongée au cours de la dernière décennie, sous l’effet du déclin du secteur des hydrocarbures, de la baisse des investissements et de chocs externes et internes. Entre 2014 et 2024, le PIB s’est contracté, en moyenne, de 3,7% et le PIB par habitant est tombé à 5 042 dollars en 2024, soit 72 % de moins que son pic de 2008.
Malgré une urbanisation élevée et des investissements importants dans les infrastructures, 18,1% de la population n’ont toujours pas accès à l’électricité tandis que 31,3 % n’ont pas accès à l’eau courante ou à un puits. L’indice de capital humain (0,49) est inférieur au niveau escompté pour le PIB du pays. Le taux de chômage est élevé, à 13,7 %, et peu d’emplois (17 %) sont formels. Le secteur privé ne représente qu’un tiers desemplois formels et a un potentiel limité en matière de création d’emplois, 43,6 % des entreprises indiquant que l’accès limité au financement constitue le principal obstacle.
Malgré la croissance modeste de 2024, en particulier dans l’agriculture et les services, cela n’a pas suffi à soutenir l’emploi et les revenus. Conjuguée à la flambée des prix des denrées alimentaires, la consommation des ménages a été affaiblie et la part de la population vivant avec moins de 8,3 dollars par jour (plus de 4500 FCFA) aurait augmenté en 2024, passant de 58,6 à 59,6 %. Pour sortir de cette spirale, «Le pays a commencé à mettre en œuvre d’urgence des réformes structurelles pour soutenir la diversification économique et stimuler une croissance inclusive. Les réformes récentes, notamment la nouvelle loi fiscale, une nouvelle législation anti-corruption, un projet de loi sur la passation des marchés, la réalisation d’audits des plus grandes entreprises publiques, le déploiement du système informatique des douanes, certaines mesures visant à mettre en place le compte unique du Trésor et un décret présidentiel soutenant la viabilité économique et budgétaire, sont prometteuses », rassure la Banque Mondiale.


