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Agriculture durable – Pour un cacao camerounais sans déforestation

Face au durcissement des règles européennes contre la déforestation importée, le Cameroun assure disposer des terres, des techniques et du cadre institutionnel nécessaires pour continuer à exporter son cacao vers l’Union européenne, sans étendre les surfaces cultivées ni menacer les forêts.

À moins de deux ans de l’entrée en vigueur effective du Règlement de l’Union européenne sur la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE), le gouvernement camerounais affiche sa sérénité. Le 16 décembre à Yaoundé, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobe, a affirmé que le pays était en capacité de se conformer aux exigences européennes applicables au cacao, l’un de ses principaux produits d’exportation. Cette déclaration accompagnait la présentation officielle d’un manuel national dédié à la diligence raisonnée, destiné aux acteurs de la filière.

Au cœur de l’argumentaire gouvernemental figure le verger cacaoyer existant, estimé à environ 650 000 hectares. Pour l’exécutif, l’équation est simple : augmenter l’offre sans ouvrir de nouvelles parcelles. Les rendements actuels, compris entre 450 et 500 kg à l’hectare, laissent selon le ministère une large marge de progression. La régénération des plantations vieillissantes, la densification contrôlée et l’amélioration des pratiques culturales pourraient, à elles seules, permettre un bond significatif de la production nationale.

Autre levier mis en avant : les variétés améliorées issues de la recherche agronomique. Ces plants, déjà disponibles selon les autorités, offriraient des rendements potentiels compris entre 1,5 et 2 tonnes à l’hectare. Leur diffusion à grande échelle est présentée comme un moyen de sécuriser les revenus des producteurs tout en réduisant la tentation de défricher de nouvelles zones forestières.

Le discours officiel insiste également sur le développement du cacao de savane. Dans certaines zones de l’Adamaoua et de l’Ouest, comme le Mayo-Banyo, le Mbéré ou le nord du Noun, la culture prospère en dehors des massifs forestiers humides. Cette orientation géographique est perçue comme un atout stratégique pour répondre aux critères du RDUE, qui interdit toute production issue de la déforestation récente.

Enfin, le Cameroun évoque des projets de restauration des paysages dégradés menés avec des partenaires techniques. Dans les espaces légalement déclassés, l’État envisage une articulation entre reboisement, remise en état des sols et production cacaoyère, dans le respect du cadre réglementaire. Une approche qui se veut conciliatrice entre impératifs économiques et environnementaux.

Le RDUE impose le respect de sept exigences, allant des droits fonciers et du travail à la protection de l’environnement, en passant par les droits humains, la lutte contre la corruption et la conformité fiscale et douanière. Les autorités assurent que les acteurs de la filière sont formés depuis plusieurs années à ces obligations. Le manuel de diligence raisonnée désormais disponible doit servir de boussole opérationnelle pour chaque cargaison destinée au marché européen. Initialement attendu en 2026, le règlement devrait finalement s’appliquer à partir du 1er janvier 2027, offrant au Cameroun un sursis stratégique pour transformer ces engagements en réalité tangible.

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