Secteur extractif : Contributeur à moins de 1% par an, l’emploi se fait rare au Cameroun
Le 10 décembre 2025 à Yaoundé, le Cameroun a rendu public son rapport ITIE 2023 sur les industries extractives. À en croire le document, la contribution du secteur extractif à l'emploi s'est située à seulement 0,62% en 2023. Un chiffre assez révélateur de nombreux défis observés, mais qui exprime aussi une tendance. Le pays de Paul Biya surfe depuis plus de 5 ans, sur une vague décroissante en termes d'emplois dans le secteur éponyme.

Une analyse des rapports ITIE de la période allant de 2018 à 2023 présente une contribution en dents de scie. En 2018 par exemple, la contribution du secteur extractif dans l’emploi a diminué de -0,08% par rapport à 2017 (0,68% en 2017 contre 0,60 en 2018 selon le rapport ITIE 2018). Après une légère remontée de 0,02% à 0,62 % comme l’indique le rapport 2019, l’emploi dans le secteur extractif a connu une hausse vertigineuse en 2020, se portant à 0,74%, son plus haut taux sur les 5 dernières années.
Bien que le secteur extractif ait généré pour l’État, des revenus budgétaires de 589,35 milliards de FCFA en 2021 contre 535,18 milliards un an plutôt. La part de l’emploi a diminué de 0.07 % pour se hisser à 0,67% indique le rapport ITIE 2021. Si en 2022, le secteur extractif a renforcé son impact économique, affichant des hausses significatives de sa contribution au Produit intérieur brut nominal (6,29% contre 3,70%), aux revenus budgétaires (25,48% contre 16,34%) et aux exportations (41,05%% contre 30,42% en 2021). « Toutefois, sa contribution à l’emploi et aux investissements a reculé, reflétant une faible capacité du secteur à générer des emplois et à attirer de nouveaux financements », révèle le rapport 2022. Au cours de la période sous-revue, emploi et investissements sont passés de 0,67 % à 0,58 %, -0,09% pour l’un ; de 12,25% à 6,06 %, – 6,19 % pour l’autre.
En 2023, la contribution du secteur extractif à l’économie camerounaise est passée au rouge dans les principaux indicateurs majeurs, excepté l’emploi et les investissements. Dans le détail, l’on note une baisse à 4,2% du PIB contre 6,3% un an auparavant ; les revenus budgétaires régressent de – 3,53% pour chuter à 21,95% contre 25,48% tandis que les exportations pointent à 32,04%, – 8,85% un an en arrière. « En revanche, une légère amélioration est observée au niveau de l’emploi (0,62%) et des investissements (6,4%) », précise le rapport ITIE publié le 10 Décembre dernier.
Un secteur extractif dominé par l’informel
Derrière ces chiffres forts évocateurs, et malgré les efforts de l’ITIE pour accroître la transparence et l’efficacité de la gouvernance des ressources naturelles. Le secteur extractif au Cameroun est peu générateur d’emplois directs, car il repose sur des technologies intensives en capital et une composante artisanale difficile à réguler.
À en croire des experts miniers, la faible contribution du secteur extractif à l’emploi au Cameroun s’explique par plusieurs facteurs. Au faible niveau d’intensité de main-d’œuvre de l’extraction moderne (pétrole, gaz, mines industrielles) qui est très capitalistique, il faut associer le caractère informel et nomade de l’exploitation minière artisanale (où les chiffres sont moins fiables et les emplois précaires), et le ralentissement de la production pétrolière qui pèse sur l’ensemble du secteur secondaire.
Éclairage. Les grandes entreprises pétrolières, gazières et minières emploient relativement peu de personnes par rapport au capital investi, privilégiant les machines et la technologie. De plus, l’exploitation minière artisanale (qui concerne plus de personnes) est souvent informelle, difficile à cartographier et à suivre, rendant difficile une évaluation précise de l’emploi et favorisant l’évasion fiscale.
Enfin, L’initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives vise la bonne gouvernance des revenus pour le développement, mais la création d’emplois directs est limitée. En effet, le secteur est plus axé sur l’extraction des ressources que sur la transformation ou la création de chaînes de valeur locales créatrices d’emplois massifs.


