Politique économique : Tinubu maintient le cap malgré une fronde politique persistante
Contestée par l’opposition et une partie de l’opinion, la nouvelle architecture fiscale voulue par le président nigérian Bola Ahmed Tinubu entrera en vigueur au 1er janvier 2026. Accusé d’irrégularités dans le texte promulgué, l’exécutif refuse toute suspension et défend une réforme jugée stratégique pour l’avenir budgétaire du pays.

Au Nigeria, la réforme fiscale engagée par le président Bola Ahmed Tinubu continue d’alimenter un débat politique tendu. Malgré les critiques et les appels à la prudence, le chef de l’État a confirmé que le nouveau Tax Act s’appliquera comme prévu à compter du 1er janvier 2026. Pour l’exécutif, il s’agit d’un chantier incontournable visant à moderniser un système fiscal jugé obsolète et inefficace. Adopté par le Parlement en juin 2025, l’ensemble législatif comprend quatre lois majeures, dont le Nigeria Tax Act et le Nigeria Tax Administration Act. Ces textes constituent, selon la présidence, le socle d’une transformation structurelle des finances publiques nigérianes.
Le principal parti d’opposition, le Peoples Democratic Party (PDP), conteste toutefois la légitimité du processus. Dans une déclaration récente, il affirme que la version finale de la loi promulguée comporterait des dispositions qui n’auraient pas été validées par l’Assemblée nationale. Le parti évoque des ajouts jugés « illégaux » et réclame une enquête indépendante pour faire la lumière sur ces divergences. Pour le PDP, ces pratiques fragilisent la crédibilité des institutions et renforcent la méfiance des citoyens envers le pouvoir exécutif. L’opposition demande en conséquence la suspension immédiate de l’entrée en vigueur du texte, le temps de clarifier les soupçons soulevés.
Sur le fond, la réforme prévoit des changements d’ampleur. Elle introduit notamment une augmentation significative de l’impôt sur les plus-values des entreprises, qui passerait de 10 % à 30 %. Un taux d’imposition minimum effectif de 15 % est également instauré pour les grandes entreprises et les groupes multinationaux. Par ailleurs, un nouvel impôt de développement de 4 % doit remplacer plusieurs prélèvements sectoriels existants. Le dispositif inclut aussi une fiscalité progressive sur les revenus des particuliers, des exonérations ciblées pour les petites entreprises et un renforcement des mécanismes de collecte grâce à la création d’un Nigeria Revenue Service unifié, appuyé par la facturation électronique obligatoire.
Face aux critiques, Bola Ahmed Tinubu assume pleinement sa stratégie. Il présente cette réforme comme une « opportunité générationnelle » destinée à élargir l’assiette fiscale, améliorer la transparence et réduire la dépendance du Nigeria aux recettes pétrolières. Selon lui, aucune anomalie majeure ne justifie un arrêt du processus et céder à la pression serait une décision « précipitée ». Le président insiste également sur le fait que l’objectif n’est pas d’alourdir la charge fiscale globale, mais de réorganiser un système fragmenté et peu équitable.
Cette controverse s’inscrit dans un contexte social délicat. Depuis l’arrivée au pouvoir de Tinubu en 2023, plusieurs décisions économiques, dont la suppression des subventions sur les carburants, ont suscité un mécontentement populaire marqué. L’opposition y voit la preuve d’une gouvernance davantage soucieuse des équilibres financiers que du pouvoir d’achat des ménages. Alors que le Nigeria cherche à stabiliser son économie, l’issue de ce bras de fer politique pourrait peser durablement sur la confiance des citoyens dans les réformes à venir et dans le processus législatif lui-même.



