Industrie : À Kribi, l’usine de bitume attend toujours son premier coup de pelle
Présentée comme un levier majeur de l’import-substitution et de l’industrialisation locale, l’usine de production de bitume portée par All Bitumen Cameroon PLC peine à sortir de terre. Entre retards d’aménagement du site, incertitudes énergétiques et financement encore inachevé, le projet stratégique reste enlisé, malgré l’appui affiché de l’État.

Implantée dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, la future usine devait symboliser une nouvelle étape dans la transformation locale des produits pétroliers. Mais sur le terrain, le compte n’y est pas. Les 60 hectares attribués par le Port autonome de Kribi n’ont fait l’objet que de travaux préliminaires. Le défrichage a débuté, sans toutefois s’accompagner des opérations lourdes indispensables à l’accueil d’infrastructures industrielles. Nivellement, remblais et rehaussement du terrain restent à financer et à réaliser. Tant que ces travaux structurants ne sont pas engagés, le lancement effectif du chantier demeure hors de portée.
À ces contraintes foncières s’ajoute un montage financier encore instable. Initialement estimé à un peu plus de 100 milliards de FCFA, le coût global du projet a été réévalué à environ 161 milliards de FCFA, intégrant désormais les infrastructures annexes et les exigences logistiques. Depuis fin 2024, Afreximbank pilote la structuration financière en qualité d’arrangeur principal, avec l’objectif de mobiliser d’autres partenaires. Des banques locales, comme Afriland First Bank et Société Générale Cameroun, sont également sollicitées. Mais à ce jour, aucun bouclage financier définitif n’a été officialisé.
Autre point critique : l’accès aux ressources énergétiques. Le modèle industriel prévoit l’utilisation de gaz naturel local pour alimenter l’usine et la mini-raffinerie associée. Cela implique des accords structurants avec la Société nationale des hydrocarbures, ainsi que la construction d’un pipeline dédié. L’accès sécurisé au brut camerounais constitue également un prérequis essentiel, encore en attente de garanties claires. Sans visibilité sur ces intrants, la rentabilité du projet reste fragile.
Côté portuaire, quelques avancées ont été enregistrées avec le lancement, fin 2025, d’un projet de terminal hydrocarbures confié au consortium Parlym-Negri. Bien que destiné en priorité à la SCDP, ce futur terminal pourrait, à terme, soutenir les activités d’All Bitumen Cameroon. Inscrit dans la SND30, le projet conserve une forte valeur stratégique. À pleine capacité, l’usine devrait produire 250 000 tonnes de bitume par an et contribuer à réduire la dépendance du pays aux importations. Reste désormais à lever les verrous financiers et énergétiques pour transformer cette ambition industrielle en réalité concrète.



