Transport aérien : L’Éthiopie mise sur un méga-aéroport pour changer d’échelle en Afrique
Addis-Abeba a lancé la construction d’une nouvelle plateforme aéroportuaire à Bishoftu, appelée à devenir la plus vaste du continent. Un projet colossal qui doit accompagner l’expansion d’Ethiopian Airlines et renforcer la place de l’Éthiopie comme hub stratégique du ciel africain.

L’Éthiopie a officiellement enclenché, ce week-end, les travaux de ce qui pourrait devenir le plus grand aéroport d’Afrique. Implantée à Bishoftu, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de la capitale, la future infrastructure marque une étape clé dans la stratégie de développement du pays dans le transport aérien. Pensé comme un complexe de très grande capacité, le nouvel aéroport comprendra quatre pistes et des installations capables d’accueillir jusqu’à 270 avions. Dès sa première phase, il devrait traiter environ 60 millions de passagers par an, avant d’atteindre progressivement une capacité maximale estimée à 110 millions de voyageurs. Une montée en puissance destinée à soulager l’aéroport international de Bole, proche de la saturation selon les autorités.
Pour le gouvernement éthiopien, ce projet dépasse la simple logique infrastructurelle. Il s’inscrit dans une vision plus large visant à renforcer la compétitivité d’Ethiopian Airlines, l’une des compagnies les plus performantes du continent, et à positionner Addis-Abeba comme un point de connexion majeur entre l’Afrique, l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient. Le Premier ministre Abiy Ahmed Ali a souligné que cette nouvelle plateforme devait également soutenir l’intégration économique africaine, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), en facilitant les flux commerciaux, touristiques et humains.
Le coût du projet est estimé à plus de 12,5 milliards de dollars, selon des informations relayées par la presse internationale. Ethiopian Airlines devrait en assurer environ 30 %, tandis que le solde proviendrait de financements extérieurs, dont les détails restent partiellement confidentiels. La Banque africaine de développement joue un rôle central dans ce montage financier. Désignée comme arrangeur principal, l’institution avait initialement évoqué un coût global de 10 milliards de dollars et la mobilisation d’un emprunt de 8 milliards, tout en envisageant une contribution directe pouvant atteindre 500 millions de dollars, sous réserve de validation interne.
Si le projet de Bishoftu aboutit dans les délais annoncés, il viendra rejoindre le cercle restreint des grandes plateformes africaines, aux côtés du Caire, de Johannesburg, de Casablanca ou du Cap. Une évolution bienvenue alors que le trafic aérien africain est appelé à croître durablement. Selon l’IATA, le nombre de passagers sur le continent devrait augmenter en moyenne de 4,1 % par an sur les vingt prochaines années, porté par la démographie, l’urbanisation et le renforcement des liaisons intra-africaines. Mais à court terme, la rentabilité demeure un défi : l’Afrique reste la région la moins profitable du secteur, avec un bénéfice net moyen par passager nettement inférieur à la moyenne mondiale.



