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Afrique de l’Est : Au Kenya, la noix de cajou cherche une seconde jeunesse

Longtemps marginalisée face aux géants régionaux que sont la Tanzanie et le Mozambique, la filière anacarde kényane tente de sortir de l’ornière. Le gouvernement mise sur des variétés améliorées, l’appui aux producteurs et une meilleure organisation pour redonner du souffle à une activité affaiblie par une décennie de recul.

Le Kenya veut remettre la noix de cajou au cœur de son agriculture côtière. Le 8 janvier, le ministre de l’Agriculture et du Développement de l’Élevage, Mutahi Kagwe, a présenté un plan de redynamisation fondé sur l’innovation variétale et l’encadrement technique des producteurs. Le centre de recherche de l’Organisation nationale de recherche agricole et animale (Kalro), situé à Mtwapa dans le comté de Kilifi, en constitue la cheville ouvrière. Une première variété à haut rendement et résistante aux principales maladies est déjà prête. Environ 20 000 plants doivent être distribués dès la prochaine saison des longues pluies. D’autres variétés améliorées devraient suivre dans les mois à venir, avec l’objectif de renouveler progressivement des vergers vieillissants et peu productifs.

La stratégie repose également sur une meilleure articulation entre les institutions. L’Autorité de l’Agriculture et de l’Alimentation (AFA) assurera la multiplication et la distribution des plants, en collaboration avec les gouvernements de comté. Le Service d’inspection phytosanitaire (Kephis) et les agents de vulgarisation agricole seront mobilisés pour garantir la qualité du matériel végétal et diffuser les bonnes pratiques. Les agriculteurs bénéficieront d’un accompagnement technique portant sur l’espacement des arbres, l’association culturale avec le cocotier ou le manguier, ainsi que le greffage de rajeunissement destiné à réhabiliter les plantations anciennes.Cette relance intervient dans un contexte préoccupant. Selon les données de l’AFA, la récolte de noix de cajou est tombée à 7 803 tonnes en 2024, en baisse de 13 % sur un an et très loin des 22 140 tonnes enregistrées dix ans plus tôt. Ravageurs, maladies, déforestation et faibles prix payés aux producteurs ont peu à peu détourné les agriculteurs de cette culture. L’abattage des anacardiers pour le bois de chauffage, utilisé aussi bien par les ménages que par certaines industries, a accentué le déclin. Résultat : des exploitations abandonnées et un tissu productif fragilisé.

Paradoxalement, le pays dispose d’une capacité de transformation estimée à 45 000 tonnes par an. Faute de matière première suffisante, les unités de transformation fonctionnent en sous-régime. La majorité des noix récoltées est traitée localement par des ateliers artisanaux et quelques entreprises semi-industrielles, pour un marché essentiellement domestique.

Le défi est donc double : restaurer la production et alimenter durablement les usines afin de capter davantage de valeur ajoutée. La nouvelle stratégie gouvernementale ouvre une fenêtre d’opportunité. Reste à savoir si, sur le terrain, les jeunes plants et les promesses institutionnelles sauront transformer l’essai et redonner au cajou kényan la place qu’il ambitionne de retrouver.

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