Barrage de Nachtigal : La ligne de crédit de 100 milliards FCFA avance au ralenti
Prévue pour sécuriser le paiement des factures de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, une facilité bancaire de 100 milliards FCFA peine à se matérialiser. À ce jour, seuls 20 milliards ont été mobilisés, exposant l’État camerounais à un risque financier et réputationnel que les autorités tentent de contenir.

Après plusieurs mois de discussions avec les banques, le gouvernement camerounais a conclu fin novembre 2025 une convention de crédit destinée à garantir le règlement régulier des factures dues à Nachtigal Hydro Power Company, exploitant du plus grand barrage hydroélectrique du pays. Sur le papier, l’enveloppe atteint 100 milliards FCFA. Dans les faits, seuls 20 milliards sont aujourd’hui sécurisés. Les 80 milliards restants doivent encore être apportés par d’éventuels prêteurs entrants dans un délai théorique de quatre-vingt-dix jours après le premier tirage. Un calendrier qui reste incertain, sans communication officielle sur les raisons de ce retard.
Le montage financier est piloté par Société Générale Capital Securities Central Africa, assistée de CCA-Bank et d’Elite Capital Securities Central Africa. Les premiers engagements proviennent de Société Générale Cameroun et de CCA-Bank. Chaque établissement s’est engagé sur une participation distincte, ce qui traduit une approche prudente dans un contexte marqué par des tensions de liquidité et une perception de risque accrue autour du secteur électrique.
En arrière-plan, la menace d’une activation complète de la garantie accordée par la Banque mondiale plane toujours. Une telle issue aurait un coût financier direct pour l’État, mais surtout un effet de signal négatif sur la crédibilité du Cameroun auprès des investisseurs et des bailleurs. Au ministère des Finances, la priorité affichée est donc de préserver la confiance et de limiter tout impact sur la notation souveraine.
La nouvelle facilité s’inscrit dans un dispositif plus ancien lié au contrat d’achat d’électricité conclu en 2018 entre NHPC et Eneo. Pour sécuriser les paiements, une lettre de crédit stand by de 56,4 milliards FCFA avait été émise par Société Générale Paris, avec une contre-garantie de la Banque mondiale. Les difficultés récurrentes d’Eneo ont déjà conduit à des tirages significatifs sur cette garantie.
Depuis la mise en service industrielle du barrage de Nachtigal, doté de 420 MW, NHPC facture environ 10 milliards FCFA par mois, indépendamment du niveau réel de consommation. Asphyxiée par des tensions de trésorerie persistantes, Eneo peine à honorer ces échéances, obligeant l’État à multiplier les solutions transitoires. Tant que la ligne de crédit ne sera pas pleinement mobilisée, l’équation financière du joyau hydroélectrique camerounais restera fragile.



