Blanchiment de capitaux : L’Union européenne desserre l’étau sur six pays africains
L’Union européenne a revu sa cartographie des juridictions à risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Si six pays africains sortent de la liste noire après des réformes jugées satisfaisantes, le Cameroun demeure sous surveillance renforcée. En cause : des insuffisances structurelles que les autorités s’efforcent de corriger d’ici 2026.

Bruxelles a décidé d’alléger la pression sur plusieurs pays africains engagés dans la réforme de leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Le Mali, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Mozambique et le Nigeria ont ainsi été retirés de la liste européenne des juridictions à haut risque. Selon la Commission européenne, ces États ont mis en œuvre des réformes substantielles, renforçant à la fois leurs cadres juridiques et leurs mécanismes opérationnels. Les progrès concernent notamment l’amélioration des systèmes de contrôle, l’efficacité des sanctions, ainsi que la coopération avec les autorités internationales. Bruxelles estime que ces pays ont respecté les engagements pris dans leurs plans d’action, en corrigeant les failles identifiées par les évaluations précédentes.
Cette décision devrait entrer officiellement en vigueur le 29 janvier 2026. Elle reste toutefois assortie d’un appel à la vigilance : l’Union européenne encourage ces pays à maintenir la dynamique engagée afin de consolider durablement leurs acquis.
La mise à jour de la liste européenne s’inscrit dans le prolongement des travaux du Groupe d’action financière (GAFI), organe de référence en matière de lutte contre les flux financiers illicites à l’échelle mondiale. Les six pays concernés avaient déjà été retirés de la « liste grise » du GAFI entre juin et octobre 2025, après avoir satisfait aux critères de suivi renforcé. Pour l’Union européenne, cet alignement vise à protéger son système financier tout en reconnaissant les efforts des États qui se conforment progressivement aux standards internationaux.
À l’inverse, le Cameroun demeure inscrit sur la liste des juridictions sous surveillance. Le pays avait été ajouté en juin 2025, aux côtés notamment de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo, en raison de « carences stratégiques » dans son dispositif de LBC/FT. La Commission européenne estime que ces insuffisances peuvent exposer le système financier européen à des risques, justifiant le maintien d’un contrôle accru sur les flux en provenance du pays.
Face à cette situation, les autorités camerounaises ont engagé un processus de réformes en coordination avec le GAFI depuis 2023. En octobre 2025, le directeur de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), Hubert Nde Sombone, a présenté un plan d’action dont l’échéance est fixée à 2026. Ce programme prévoit notamment un encadrement plus strict des organisations à but non lucratif selon une approche fondée sur les risques, l’application effective des sanctions financières ciblées décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que le renforcement des mécanismes de prévention du financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive.
La présence prolongée du Cameroun sur la liste européenne n’est pas sans conséquences. Elle peut affecter la perception du risque pays, compliquer les relations avec les institutions financières internationales et freiner les investissements étrangers. Pour Yaoundé, la sortie de cette liste constitue donc un enjeu stratégique, à la fois économique et réputationnel, dans un contexte de concurrence accrue pour les capitaux internationaux.



