Ghana : L’avenir de la plus grande mine d’or du continent suspendu à une refonte fiscale
Première exploitation aurifère d’Afrique en volume, le complexe d’Ahafo, opéré par l’américain Newmont, entre dans une zone d’incertitude. En toile de fond, la volonté affichée des autorités ghanéennes de tourner la page des accords de stabilité minière, jugés trop favorables aux multinationales, afin de capter une part plus importante de la rente aurifère nationale.

Avec près de 800 000 onces produites en 2024, Ahafo s’est hissée au sommet de la hiérarchie aurifère africaine. Cette performance a été consolidée par des investissements massifs, dont un projet industriel de près d’un milliard de dollars récemment achevé. Pourtant, ce fleuron minier se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat stratégique à Accra. Selon les autorités ghanéennes, le régime des accords de stabilité, mis en place au début des années 2000 pour attirer les capitaux étrangers, n’est plus adapté au contexte actuel. Le gouvernement estime que ces mécanismes ont limité la capacité de l’État à bénéficier pleinement de l’envolée des cours de l’or.
L’accord liant Newmont à l’État ghanéen, arrivé à expiration fin 2025, ne sera pas reconduit. Une position assumée par la Commission des minéraux, qui dénonce des pratiques jugées déséquilibrées. Accra reproche notamment à certaines compagnies de rapatrier d’importants profits sans contribuer suffisamment au développement local, en particulier au niveau des collectivités territoriales. La suppression progressive de ces accords marque donc un changement de doctrine. Désormais, le Ghana privilégie un cadre réglementaire plus uniforme et plus contraignant, censé renforcer la transparence et les retombées économiques nationales.
Parmi les mesures envisagées figure l’instauration d’un nouveau barème de redevances aurifères. Celui-ci prévoirait un taux de base de 9 %, susceptible de grimper jusqu’à 12 % si les prix internationaux franchissent certains seuils. Une évolution majeure comparée aux taux plus modérés appliqués jusque-là à Ahafo. Ces annonces interviennent alors que Newmont poursuit l’extension du site avec l’intégration du gisement Ahafo North, un projet de plus de 900 millions de dollars destiné à porter la capacité annuelle du complexe à environ 850 000 onces.
Si Newmont n’a pas encore officiellement réagi, cette réforme pourrait faire jurisprudence. D’autres groupes majeurs, dont AngloGold Ashanti et Gold Fields, verront leurs propres accords arriver à échéance d’ici 2027. Dans un contexte de prix de l’or historiquement élevés, Accra entend clairement repositionner l’État au cœur du partage de la valeur minière. Reste à savoir si ce durcissement réglementaire saura préserver l’attractivité du Ghana, longtemps considéré comme l’une des juridictions minières les plus stables du continent.



