Aliments pour animaux : La Côte d’Ivoire introduit une TVA allégée et rebat les cartes de la filière élevage
Depuis le 17 janvier 2026, les aliments pour animaux et leurs intrants sont soumis à une TVA de 9 % en Côte d’Ivoire. Une décision fiscale qui marque un tournant pour un secteur clé de la sécurité alimentaire, pris entre impératifs budgétaires de l’État et ambitions de développement industriel.

L’année 2026 s’ouvre sur un ajustement majeur de la politique fiscale ivoirienne appliquée à l’élevage. Désormais, les aliments destinés au bétail et à la volaille, ainsi que les intrants entrant dans leur fabrication et leurs emballages, relèvent du champ de la taxe sur la valeur ajoutée. La Direction générale des Impôts a officialisé l’entrée en vigueur de cette mesure, inscrite dans la loi de finances 2026, rompant avec un régime d’exonération en place jusqu’en 2025. Initialement envisagée au taux standard de 18 %, la taxation a finalement été ramenée à 9 %. Ce choix traduit la volonté des autorités de limiter les effets inflationnistes sur une filière déjà sensible aux variations des coûts des matières premières.
Dans l’élevage ivoirien, l’alimentation animale représente plus de 60 % des charges de production. L’introduction d’une TVA, même réduite, risque donc de se répercuter sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Fabricants d’aliments, éleveurs et transformateurs pourraient faire face à une hausse des coûts, avec un impact potentiel sur les prix des produits d’origine animale destinés aux consommateurs. À court terme, cette nouvelle fiscalité pourrait fragiliser certains acteurs, notamment les petits producteurs, moins à même d’absorber l’augmentation des charges ou de la répercuter sur les prix de vente.
La mesure intervient toutefois dans un contexte paradoxal. En avril 2025, le gouvernement avait annoncé des allègements douaniers ciblés sur les intrants de l’alimentation animale, réduisant les droits et taxes à l’importation de 7 à 15 %. L’objectif affiché était alors de soutenir la compétitivité de l’industrie locale, fortement dépendante de matières premières importées comme le maïs ou le soja. Cette nouvelle TVA vient donc nuancer cette dynamique incitative, soulevant des interrogations sur la cohérence globale des politiques publiques en faveur de l’élevage.
Malgré ces incertitudes, l’intérêt du secteur privé pour la filière reste intact. Des acteurs internationaux et locaux multiplient les annonces d’investissements pour accroître les capacités de production d’aliments pour animaux et renforcer l’intégration des chaînes de valeur. Ces projets traduisent la confiance dans le potentiel du marché ivoirien, porté par une demande croissante en protéines animales.
La Côte d’Ivoire s’est fixé des objectifs ambitieux, notamment dans l’aviculture, avec une production de viande de poulet appelée à atteindre 200 000 tonnes à l’horizon 2030. Pour y parvenir, la disponibilité d’aliments pour animaux à des prix maîtrisés sera déterminante. Le défi pour les autorités consistera désormais à concilier mobilisation des recettes fiscales, attractivité industrielle et stabilité des coûts de production. Un exercice d’équilibriste, au cœur des enjeux de souveraineté alimentaire et de croissance agricole du pays.



