Marchés mondiaux : La Guinée fait son entrée dans le cercle des grands producteurs de fer
Après plus de vingt ans d’attente, le projet minier de Simandou quitte enfin le registre des promesses. Les premières tonnes de minerai de fer guinéen ont atteint la Chine en janvier, marquant le début effectif de l’exploitation d’un gisement appelé à transformer l’économie du pays et à rebattre certaines cartes du marché mondial du fer.
C’est un moment que la Guinée guettait depuis des décennies. Mi-janvier, un navire chargé d’environ 200 000 tonnes de minerai de fer extrait de Simandou a accosté au port chinois de Majishan, dans la province du Zhejiang, après plus d’un mois et demi de navigation. L’annonce, faite par le géant sidérurgique China Baowu Steel, principal actionnaire industriel du projet, consacre l’entrée effective de Simandou dans les flux commerciaux internationaux. Une seconde cargaison aurait déjà quitté les côtes guinéennes, confirmant que la phase d’exportation est désormais enclenchée.
Longtemps symbole des blocages miniers africains, Simandou a officiellement démarré sa production à la fin de l’année 2025. Niché entre Beyla et Kérouané, dans le sud-est du pays, le gisement figure parmi les plus importants au monde en minerai de fer à haute teneur. Exploité par Rio Tinto Simfer et Winning Consortium Simandou, il est structuré en quatre blocs dont la capacité cumulée pourrait atteindre 120 millions de tonnes par an à plein régime. Une montée en puissance progressive est toutefois prévue, avec un palier intermédiaire autour de 60 millions de tonnes.
Cette mise en production n’aurait pas été possible sans le corridor ferroviaire transguinéen. Long de plus de 600 kilomètres, cet axe stratégique relie les zones minières de la Guinée forestière aux ports de l’Atlantique, constituant la clé logistique d’un projet aussi vaste.
Pour la Guinée, l’enjeu dépasse largement l’exportation de minerai brut. Les autorités espèrent que Simandou deviendra un moteur durable de croissance, capable d’augmenter sensiblement le PIB et les recettes publiques. Le programme « Simandou 2040 » traduit cette ambition : il vise à réinvestir une partie des revenus miniers dans les infrastructures, l’agriculture, l’éducation et l’industrialisation, afin d’éviter l’écueil d’une économie uniquement dépendante des ressources naturelles.
Côté chinois, l’intérêt est autant stratégique qu’industriel. Pékin importe l’essentiel de son minerai de fer d’Australie et du Brésil et cherche à diversifier ses sources pour sécuriser sa sidérurgie. Avec une teneur supérieure à 65 %, le minerai de Simandou correspond aux exigences d’une industrie de plus en plus attentive à la qualité des intrants, notamment dans un contexte de réduction des émissions de carbone.
Selon plusieurs analystes, l’impact de Simandou ne se limitera pas à l’Asie. En renforçant l’offre mondiale de minerai à haute teneur, le projet guinéen pourrait également influencer les chaînes d’approvisionnement européennes, engagées dans la transition vers une production d’acier plus propre. Après une longue traversée du désert, Simandou s’invite ainsi au cœur des grands équilibres miniers mondiaux.



