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Notation financière : Afreximbank rompt avec Fitch et relance le débat sur la notation des institutions africaines

La Banque africaine d’import-export a mis fin à sa collaboration avec Fitch Ratings, estimant que l’agence ne prend pas suffisamment en compte son cadre juridique et sa mission panafricaine.

Réunie à son siège au Caire, Afreximbank a annoncé, le 23 janvier 2026, la fin de sa relation avec Fitch Ratings. Jusqu’ici, l’agence américaine attribuait à l’institution une note de long terme BBB- assortie d’une perspective négative. Selon la banque panafricaine, cette évaluation ne correspond plus à sa réalité opérationnelle ni à son statut particulier de banque multilatérale fondée par traité. Dans son communiqué, Afreximbank explique avoir procédé à une révision complète de ses relations avec Fitch, concluant que les analyses produites ne reflètent ni ses mécanismes de protection juridique, ni la nature spécifique de ses activités centrées sur le financement du commerce africain.

Les tensions entre les deux parties se sont cristallisées en juin 2025, lorsque Fitch a abaissé la note de l’institution, invoquant une exposition jugée élevée à des États africains en difficulté budgétaire et des risques croissants sur la qualité du portefeuille. Cette décision avait suscité une réaction ferme d’Afreximbank, qui contestait l’interprétation des données et dénonçait une lecture inadaptée de son modèle de gestion des risques. Pour la banque, ces évaluations négligent les garanties prévues par son traité constitutif ainsi que l’appui structurel de ses actionnaires souverains, éléments essentiels de sa solidité financière.

Afreximbank assure que sa situation financière demeure robuste. Elle met en avant la confiance de ses États membres, ses fonds propres et la stabilité de ses ressources. Surtout, l’institution souligne qu’elle conserve des notations de catégorie investissement auprès d’autres agences internationales telles que Moody’s, GCR, JCR ou encore CCXI. Avec des actifs et engagements dépassant les 40 milliards de dollars, la banque entend poursuivre son rôle stratégique dans le financement des échanges intra-africains et dans l’appui à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Au-delà du cas Afreximbank, cette rupture relance un débat plus large sur la pertinence des outils de notation appliqués aux institutions financières africaines. Plusieurs acteurs du secteur estiment que les méthodologies dominantes restent trop calquées sur des standards conçus pour d’autres contextes économiques. Dans ce cadre, l’idée de créer une agence africaine de notation souveraine, mieux outillée pour intégrer les spécificités institutionnelles du continent, gagne en visibilité. Les désaccords entre Afreximbank et Fitch donnent un nouvel écho à ce projet, encore en gestation, mais porté par la volonté de rééquilibrer l’évaluation du risque africain.

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