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Gouvernance financière : La SRC muscle son dispositif pour protéger les avoirs publics

Sous l’impulsion de sa directrice générale, Marie-Rose Thérèse Messi, la Société de recouvrement des créances du Cameroun (SRC) engage une transformation stratégique visant à moderniser ses méthodes et à renforcer la récupération des créances publiques, au Cameroun comme à l’étranger. L’institution s’inscrit désormais dans les réseaux internationaux de coopération dédiés à la traque et à la confiscation des avoirs criminels.

La SRC a amorcé un vaste chantier de réorganisation pour adapter son fonctionnement aux exigences contemporaines du recouvrement et de la gestion des avoirs saisis. L’objectif affiché est clair : faire du recouvrement une véritable politique publique, mesurable et crédible.

Cette orientation se traduit par un durcissement des actions contre les débiteurs jugés de mauvaise foi et par une meilleure articulation entre procédures judiciaires et dispositifs administratifs. Dans un contexte marqué par la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics, l’institution entend se positionner comme un acteur central de la protection de la fortune de l’État.

La dimension transfrontalière des patrimoines illicites impose à la SRC de sortir du cadre strictement national. Depuis plusieurs mois, l’organisme multiplie les démarches à l’étranger pour renforcer ses capacités d’intervention.

En France, une convention a récemment été signée avec l’Ambassade du Cameroun à Paris afin de faciliter la protection des biens publics et l’exécution des décisions de justice. Des procédures d’exequatur ont été engagées pour rendre effectives les condamnations prononcées par les juridictions camerounaises, ouvrant la voie à des actions concrètes de recouvrement.

Sur le continent africain, certaines décisions judiciaires favorables ont déjà permis d’enclencher des démarches contre des débiteurs installés hors du territoire national, illustrant les premiers effets de cette diplomatie du recouvrement.

La SRC a intensifié sa présence dans les espaces de concertation dédiés à la lutte contre les flux financiers illicites. Elle a pris part à la conférence mondiale d’Interpol sur la corruption et le blanchiment de capitaux, où elle a présenté l’expérience camerounaise en matière de traçage et de récupération des avoirs.

L’institution a également participé à l’Assemblée générale d’ARINWA à Dakar, réseau ouest-africain chargé de faciliter l’identification et la confiscation des biens issus d’activités criminelles. En janvier 2026, elle a été admise comme observateur au sein du réseau d’Afrique centrale ARINCA, marquant son entrée progressive dans les mécanismes régionaux d’entraide opérationnelle.

Dans une logique d’appropriation des meilleures pratiques, la SRC a effectué une mission de travail auprès de l’Agence française de gestion des avoirs saisis et confisqués (AGRASC). Cette immersion a permis d’examiner les outils juridiques et organisationnels utilisés en Europe pour la gestion des biens confisqués.

Parallèlement, la direction générale a pris part à des rencontres techniques avec des experts du Groupe d’action financière (GAFI) à Lisbonne. Ces échanges portent notamment sur les standards en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Malgré cette dynamique, la SRC reconnaît que la récupération des avoirs criminels reste un exercice complexe. Les montages financiers sophistiqués, la dispersion des patrimoines à l’étranger et les lenteurs judiciaires constituent des obstacles majeurs.

Pour y faire face, l’institution mise sur l’intensification des actions de terrain, le renforcement des compétences techniques et l’élargissement de ses partenariats. L’enjeu est de traduire les décisions de justice en résultats concrets et visibles pour les finances publiques.

La convention signée à Paris entre la SRC et l’Ambassade du Cameroun symbolise cette nouvelle phase offensive. Elle consacre une approche plus structurée du recouvrement international et témoigne de la volonté des autorités camerounaises d’inscrire la récupération des avoirs dans une logique durable.

À travers cette stratégie, la SRC entend consolider son rôle d’outil de souveraineté financière et contribuer à restaurer la confiance dans la gestion des ressources publiques. La bataille contre les créances irrécouvrées et les patrimoines dissimulés se joue désormais sur plusieurs fronts, nationaux et internationaux, avec une ambition : rendre au Trésor ce qui lui revient de droit.

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