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Politique hydraulique : Que vaut l’eau en Afrique ?

Contrainte de développement et nécessité absolue dont la rareté influence fortement la santé et l'économie, l'eau vaut plus qu'une simple ressource en Afrique. Du nord au Sud, de l'Est à l'Ouest du continent, plusieurs pays membres de L'AAEA ont engagé de véritables chantiers pour répondre à ce besoin devenu essentiel.

À l’aube du 23ème congrès international de l’association africaine de l’Eau et de l’Assainissement qui se tiendra du 09 au 13 février 2026 à Yaoundé. L’accès à l’eau reste encore une crise majeure qui touche plus de 700 millions de personnes. Bien que le continent possède 9% des ressources en eau douce mondiales, dans la zone subsaharienne, le nombre de personnes sans accès à l’eau augmente, soit 4 personnes sur 5 en zone rurale et 2 sur 5 en zone urbaine.

Objectif 100% de desserte d’ici 2035 pour le pays de Paul Biya

Au Cameroun par exemple, le gouvernement a officiellement présenté le 11 avril 2025 à Yaoundé, la Politique nationale de l’eau (PNE). Ce document stratégique, décrit comme un cadre essentiel pour assurer une gestion durable et équitable des ressources en eau, vise à transformer radicalement le secteur. 

Une enquête nationale réalisée en 2021 par l’Institut national de la statistique (INS) révèle que seulement 29% des ménages camerounais bénéficient d’un accès au réseau public de distribution d’eau. Les sources alternatives d’approvisionnement dominant largement le paysage, les mêmes données indiquent que, 40% des ménages dépendent principalement de forages et de puits à pompe. Viennent ensuite les puits protégés (17%), les puits non protégés (14%) et les sources protégées (10%), cette dernière solution présentant des risques sanitaires non négligeables.

Si la Cameroon Water Utilities (Camwater), société publique chargée de la production et distribution d’eau potable, reconnaît quant à elle perdre 53% de sa production en raison de fuites et de branchements non autorisés. Pour répondre à ces différents défis, le Cameroun s’est fixé des cibles audacieuses visant initialement un taux d’accès à l’eau potable de 75%. Ces ambitions ont été revues à la hausse dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui prévoit désormais un accès universel en milieu urbain (100%) et une couverture de 85% en zone rurale d’ici 2030. D’ailleurs cette SND 30 mise sur des leviers comme le développement de partenariats public-privé et l’utilisation de mécanismes innovants de financement climatique, le tout pour un plan d’investissement de 200 milliards de FCFA d’ici la fin de la décennie.

Quant à La Politique nationale de l’eau, celle-ci propose la création d’un cadre de coordination intersectorielle pour harmoniser les interventions. Parmi ses cibles opérationnelles figurent l’atteinte d’un taux d’assainissement de 60% d’ici 2030 et la réduction significative des pertes techniques de la Cameroon Water Utilities Corporation Camwater.

De plus, la PNE intègre également une dimension environnementale forte, visant à faire des ressources en eau un levier de développement tout en préservant les écosystèmes aquatiques. Une approche holistique, saluée par les partenaires techniques, ce dans un contexte où de nombreux projets ont déjà pris corps ou sont annoncés à savoir : le projet d’embouteillage de l’eau produite par la Cameroon Water Utilities Corporation dont sept entreprises sont en lice pour équiper les futures unités de production; le projet de construction de 200 bornes-fontaines publiques au cours du premier trimestre 2026; le projet porté sur un million de branchements en 5 ans, lequel connaît déjà sa première phase de 200 000 branchements; le projet d’urgence pour une meilleure intégration de l’eau dans les réseaux existants de Yaoundé et Douala; le projet de Japoma qui apportera d’ici juin-juillet 2026, 70 millimètres cubes d’eau supplémentaires sans oublier le projet d’approvisionnement en eau de 09 villes qui connaît un franc succès à Maroua, Garoua, Garoua-Boulaï, Yabassi et Dschang… Et Etc.

Miser sur l’innovation pour répondre aux enjeux de l’accès à l’eau potable

En Côte d’Ivoire, le gouvernement via la SODECI a développé des solutions numériques pour assurer un suivi en temps réel de la distribution d’eau et améliorer la performance du service. À ce titre, des avancées en matière de télérelève des compteurs ont transformé la capacité du gestionnaire de l’eau ivoirien à détecter les fuites et à réduire les pertes d’eau. De plus, des plateformes de paiement digital facilitent l’accès aux services et renforcent la proximité avec les clients.

Outre le volet de la solution numérique, la Côte d’Ivoire a mis en place un programme ambitieux d’extension des réseaux et d’optimisation des ressources afin de garantir un approvisionnement fiable et sécurisé. En 2023, 176 500 nouveaux branchements sociaux ont été réalisés pour 92 % de conformité aux normes environnementales. Ce qui permet ainsi à près d’un million de nouveaux usagers d’accéder à l’eau potable.

À en croire Kouame-Aimé Loukou, Conseiller du Directeur Général de la SODECI, «La gestion durable des ressources en eau est un enjeu global qui nécessite une coopération renforcée entre les pays africains ».  « La SODECI est convaincue que le partage d’expérience et la mutualisation des compétences sont essentiels pour faire progresser le secteur. Nous collaborons régulièrement avec d’autres opérateurs africains pour échanger sur les meilleures pratiques et les solutions innovantes en matière de distribution d’eau et de traitement des eaux usées. Nous envisageons également de développer des projets conjoints avec nos partenaires du continent afin d’améliorer l’efficacité des services et d’accélérer l’accès à l’eau potable dans les zones les plus vulnérables », confie-t-il.

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