Barrages à sec, décharges saturées : Les infrastructures camerounaises à l’épreuve
Alors que le pays dispose théoriquement d’une capacité électrique suffisante, la baisse des apports hydriques et les faiblesses du réseau provoquent des délestages persistants. Dans le même temps, les grandes villes luttent contre l’asphyxie de leurs décharges. Deux secteurs vitaux, énergie et propreté urbaine, révélateurs des mêmes tensions structurelles.

Sur le papier, l’offre d’électricité dépasse la demande nationale. Le Réseau interconnecté Sud aligne plus de 1 500 MW de capacités, pour une consommation estimée à un peu plus de 1 200 MW. En conditions normales, cet équilibre devrait limiter le recours aux centrales thermiques coûteuses. Mais la réalité hydrologique en a décidé autrement. La pluviométrie insuffisante observée ces dernières années a fait chuter les réserves des barrages réservoirs. Le manque à gagner est évalué à près de 3 milliards de mètres cubes d’eau. Résultat : les grandes centrales fonctionnent en dessous de leur potentiel. Nachtigal, Songloulou et Memve’ele affichent des niveaux de production inférieurs aux projections initiales, contraints par des débits trop faibles pour exploiter pleinement leurs turbines.
Machines à l’arrêt et lignes saturées
À cette contrainte naturelle s’ajoutent des problèmes techniques. Plusieurs unités de production subissent des indisponibilités liées à l’entretien, réduisant encore la quantité d’énergie injectée dans le réseau. Le système doit alors s’appuyer davantage sur des centrales thermiques au fuel, une solution onéreuse qui pèse lourdement sur les finances du secteur. Le transport de l’électricité constitue un autre verrou. Sur l’axe stratégique Édéa–Douala, la capacité d’acheminement est inférieure aux besoins de la métropole économique. Même lorsque l’énergie est produite, elle ne peut pas toujours être convoyée vers les zones les plus consommatrices. Des postes comme Bekoko ou Deido enregistrent régulièrement des surcharges, amplifiant les coupures locales.
Distribution fragile dans les villes
En bout de chaîne, la distribution révèle aussi ses failles. Poteaux en bois fragilisés, transformateurs saturés, lignes vieillissantes : ces fragilités multiplient les incidents techniques, surtout dans les quartiers à forte densité. Pour maintenir un minimum de continuité du service, les gestionnaires activent davantage les unités thermiques, ce qui représente plusieurs milliards de francs CFA de dépenses supplémentaires chaque mois. Face à cette équation complexe, les autorités mettent en avant des réformes inscrites dans le Compact énergétique national, élaboré dans le cadre de l’initiative Mission 300. L’ambition est d’augmenter la robustesse du réseau et de sécuriser l’approvisionnement afin d’accompagner la croissance économique.
Décharges urbaines sous tension
Pendant que l’électricité se fait rare, les ordures s’accumulent. À Douala et Yaoundé, les principaux sites d’enfouissement arrivent à saturation. Pour éviter l’engorgement total, l’entreprise Hysacam a sollicité en urgence le Centre national d’études et d’exploitation du machinisme agricole (Ceneema). Des engins lourds ont été déployés afin de réorganiser les décharges et dégager de nouveaux espaces de dépôt. À Douala, le site de PK 10 fait l’objet d’un réaménagement temporaire en attendant l’ouverture annoncée de la future décharge de Ngombe, à PK 21. Les autorités municipales prévoient ensuite de reconvertir l’ancien site en zone verte et en centre de transfert des déchets.
Une pression quotidienne difficile à absorber
La tâche reste immense. La capitale économique produit environ 2 700 tonnes de déchets par jour, tandis que Yaoundé en génère près de 2 000. Pour soulager l’opérateur historique, de nouveaux prestataires doivent entrer progressivement en scène, avec pour objectif de partager la charge de collecte et de traitement. Les difficultés financières du secteur expliquent aussi certains retards d’investissement. Les responsables évoquent des problèmes de trésorerie et des paiements différés qui ralentissent les travaux d’aménagement des sites. Le partenariat avec le Ceneema apparaît ainsi comme un dispositif de secours, destiné à éviter la rupture du service en attendant des solutions plus durables.
Deux crises, un même défi
Qu’il s’agisse d’électricité ou de déchets, le constat est similaire : les capacités existent, mais les aléas naturels, les limites techniques et les contraintes financières réduisent leur efficacité. Derrière les coupures de courant et les montagnes d’ordures se profile un même enjeu, celui de la modernisation des infrastructures publiques. Sans investissements massifs et continus, la croissance urbaine et économique risque de se heurter à ces goulets d’étranglement, où l’eau manque aux barrages et l’espace vient à manquer pour les déchets.



