Écosystème tech africain : La dette s’impose comme nouveau moteur du financement des start-up en 2025

Le financement par la dette a enregistré en 2025 une progression inédite sur le continent africain. Les montants mobilisés par ce canal ont atteint 1,64 milliard de dollars, contre un peu plus d’un milliard un an plus tôt, soit une hausse de 63 %. Le nombre d’opérations a également augmenté, passant d’environ 80 à plus d’une centaine de transactions. Un niveau jamais observé jusque-là, selon le rapport annuel de Partech Partners publié en janvier 2026.
Cette dynamique tranche avec la relative stabilité des financements en capital. Résultat : la dette a représenté 41 % des fonds investis dans les start-up africaines en 2025, contre 31 % en 2024 et seulement 17 % en 2019. Autrement dit, près d’un dollar sur deux injecté dans l’écosystème technologique provient désormais de l’emprunt.
Pour les analystes, cette évolution ne correspond pas à un simple rattrapage conjoncturel. Elle s’inscrit dans une trajectoire engagée depuis plusieurs années. Après 767 millions de dollars levés par dette en 2021, puis 1,55 milliard en 2022, les montants avaient reculé avant de repartir nettement à la hausse en 2025. Partech parle d’un « changement structurel » : la dette, encore marginale il y a peu, est devenue un pilier du financement des start-up africaines. Cette montée en puissance reflète la capacité croissante des entreprises à générer des revenus réguliers et à se conformer à des exigences plus strictes en matière de gouvernance. Grâce à ces progrès, elles peuvent accéder à des instruments non dilutifs, évitant ainsi de céder des parts de leur capital.
La géographie de cette dette révèle de fortes disparités. Le Kenya se hisse en tête avec près de 500 millions de dollars levés sous forme d’emprunts en 2025. Dans ce pays, la dette représente presque la moitié des capitaux mobilisés par les start-up, portée notamment par plusieurs opérations de grande envergure. L’Égypte occupe la deuxième place avec environ 246 millions de dollars.
Son marché affiche une structure plus équilibrée, la dette pesant pour un cinquième des financements. Au Nigeria, les montants restent plus modestes, mais la progression est rapide, avec une hausse de plus de 130 % sur un an. Le Sénégal se distingue également par un volume significatif, tandis que l’Afrique du Sud enregistre un recul, la dette n’y jouant qu’un rôle marginal.
Au-delà des chiffres, cette évolution redessine les équilibres du capital-risque en Afrique. Les investisseurs disposent désormais d’un éventail plus large d’outils pour accompagner la croissance des entreprises, tandis que les fondateurs gagnent en flexibilité pour financer leur développement sans dilution immédiate. En 2025, la progression globale des financements dans la tech africaine doit beaucoup à la dette. Sans elle, les volumes seraient restés proches de ceux de l’année précédente. Le message est clair : l’écosystème africain entre dans une phase où la solidité financière compte autant que l’innovation, et où l’emprunt devient un levier stratégique au même titre que le capital.



