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Internet mobile : L’Afrique subsaharienne cherche encore la clé d’accès à un marché de 820 millions de personnes

La progression des réseaux mobiles en Afrique subsaharienne ne se traduit pas encore par une hausse proportionnelle de leur utilisation. Selon le rapport 2026 de la GSMA sur la connectivité mobile, 820 millions de personnes disposent déjà d’une couverture haut débit mais restent en dehors de l’Internet mobile. Pour les opérateurs et les acteurs de l’économie numérique, le prochain défi se situe moins dans le déploiement des infrastructures que dans la capacité des populations à financer un smartphone, des données et les usages associés.

Le paysage numérique africain est marqué par un paradoxe de plus en plus visible. Les réseaux mobiles ont largement progressé, mais une importante partie de la population ne transforme toujours pas cette disponibilité technique en usage régulier. En Afrique subsaharienne, environ 820 millions de personnes, soit près des deux tiers de la population, se trouvent ainsi dans une zone desservie par un réseau mobile haut débit sans utiliser Internet mobile. À l’inverse, quelque 110 millions de personnes restent encore privées de couverture haut débit. Cette situation traduit un changement de nature du marché. « Le problème n’est plus seulement celui de la construction des réseaux, mais celui de la conversion de la couverture en utilisateurs », résume l’analyse que suggèrent les données de la GSMA. Les opérateurs peuvent donc difficilement compter uniquement sur l’extension géographique de leurs infrastructures pour soutenir leur croissance.

Le prix du smartphone pèse lourd dans l’équation

L’un des principaux freins se situe désormais du côté du terminal. Dans les économies où le revenu disponible demeure limité, le coût d’un smartphone constitue une barrière d’entrée particulièrement élevée. Fin 2025, un téléphone d’entrée de gamme compatible avec Internet représentait en moyenne 76 % du revenu mensuel des 20 % les plus pauvres en Afrique subsaharienne, contre 44 % dans l’ensemble des pays à revenu faible ou intermédiaire. La GSMA estime qu’une baisse du prix d’un appareil d’entrée de gamme à 30 dollars permettrait d’élargir considérablement la population en mesure d’en acquérir un. Une perspective qui pourrait toutefois être compliquée par la progression du coût de certains composants, notamment la mémoire. Cette contrainte donne une importance croissante aux stratégies de financement des terminaux, aux appareils reconditionnés, aux offres combinant smartphone et forfait ainsi qu’aux mécanismes permettant de réduire le coût initial d’accès.

La data reste une dépense difficile à absorber

Même lorsqu’un utilisateur possède un smartphone, la question du coût de la connexion demeure. En Afrique subsaharienne, un forfait mensuel de 20 Go représente environ 14 % du revenu mensuel moyen. Pour les 20 % les plus pauvres, la facture peut atteindre près de 44 % du revenu mensuel. Cette structure de prix limite mécaniquement l’intensité des usages. Elle réduit notamment la capacité des ménages à utiliser régulièrement les services vidéo, les plateformes éducatives, le commerce électronique ou les applications professionnelles. La question tarifaire devient donc indissociable de celle de la monétisation. Les opérateurs disposent d’une population potentiellement très importante, mais une grande partie de celle-ci présente une faible capacité contributive. Le défi consiste dès lors à trouver un équilibre entre volumes, prix unitaires et consommation de données.

Un marché considérable pour l’économie numérique

Cette population non connectée ne constitue pas seulement une statistique démographique. Elle représente une réserve de croissance pour l’ensemble de l’écosystème numérique. Le Nigeria concentre environ 140 millions de personnes couvertes mais n’utilisant pas l’Internet mobile. L’Éthiopie en compte près de 100 millions, la République démocratique du Congo environ 60 millions et la Tanzanie autour de 50 millions. Le Kenya et l’Ouganda affichent chacun un déficit d’usage proche de 40 millions de personnes. Ces marchés concentrent donc une partie importante du potentiel de croissance futur des télécommunications africaines. Chaque nouvel utilisateur peut également alimenter d’autres activités : paiement mobile, services financiers numériques, commerce électronique, publicité en ligne, contenus numériques et services administratifs dématérialisés.

Le ralentissement mondial accentue la pression

Cette réserve de croissance intervient alors que le rythme mondial d’adoption commence à ralentir. En 2025, environ 160 millions de personnes supplémentaires ont commencé à utiliser Internet mobile sur leur propre appareil, contre 190 millions en 2024. Dans le même temps, la couverture des technologies les plus avancées continue de progresser. La 5G dessert désormais 57 % de la population mondiale, tandis que la 4G atteint 94 %. Les débits et la consommation de données poursuivent également leur progression.

Cette évolution pose un enjeu stratégique. Alors que les marchés les plus matures préparent déjà les nouveaux usages associés à la 5G, une partie importante de la région doit encore franchir l’étape préalable : rendre économiquement accessible l’utilisation des réseaux existants. L’enjeu n’est donc plus seulement de faire parvenir le signal jusqu’aux populations. Il est de faire en sorte que celles-ci puissent financièrement et techniquement s’en servir. Pour les télécoms comme pour les fintech, l’e-commerce ou les plateformes numériques, la prochaine frontière africaine se situe moins dans les kilomètres de fibre ou le nombre d’antennes que dans la capacité à transformer une couverture disponible en connexion réellement utilisée.

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