A la UneConjoncture

Racines à Yaoundé, bureaux à Lyon : l’équation de Milly Nadège FOKAM

Il y a des vies qui se construisent sur un territoire unique, patiemment, sans jamais en sortir. Et il y a celle de Milly Nadège FOKAM, qui a choisi une équation plus complexe, presque périlleuse sur le papier, mais qu’elle a fini par résoudre avec une évidence désarmante : vivre en France depuis vingt-cinq ans, tout en gardant le Cameroun comme centre de gravité de son engagement entrepreneurial et humain. Installée à Lyon, elle dirige MILLPERFORMANCES depuis la France, pilote PROMILLYS depuis Yaoundé, et porte, en parallèle, un engagement associatif et institutionnel qui la ramène sans cesse vers son pays d’origine. Une géographie éclatée en apparence, mais qui obéit en réalité à une seule et même logique intérieure.

Car pour Milly Nadège FOKAM, la France n’a jamais été un renoncement au Cameroun, ni le Cameroun une nostalgie qu’elle cultiverait depuis l’étranger. Les deux pays coexistent chez elle sans hiérarchie, sans compétition, comme deux moitiés d’une même personne. Elle y a sa famille, ses frères et sœurs, ses cousins, un tissu affectif dense qui ne s’est jamais distendu malgré la distance. Et elle y a, surtout, une mission qu’elle s’est fixée très tôt : ne jamais laisser l’éloignement géographique devenir une excuse pour se désengager de la construction de son pays d’origine.

Cette équation, elle ne l’a pas trouvée du jour au lendemain. Elle s’est construite décision après décision, à mesure que ses activités professionnelles se sont multipliées et complexifiées. D’abord une carrière de dirigeante dans plusieurs secteurs en France. Puis la création de PROMILLYS au Cameroun en 2015, pensée comme une réponse directe au chômage des jeunes diplômés. Puis MILLPERFORMANCES, sa structure française, qui prolonge et amplifie cette même philosophie à l’échelle internationale. Et enfin, plus récemment, un engagement institutionnel comme Ambassadrice Nationale et Point Focal IOM pour le Cameroun, aux côtés de la Présidente IOM Afrique Séraphine Ekoa, pour accompagner des porteurs de projets camerounais vers le financement.

Ce qui frappe, quand on observe ce parcours dans son ensemble, c’est l’absence totale de dispersion. Chaque structure, chaque engagement répond à une même conviction fondatrice : les compétences et les talents existent partout, y compris là où l’accès aux opportunités reste le plus difficile, et le rôle d’une entrepreneure consciente de sa position est précisément de construire les ponts qui manquent. Un pont entre les jeunes diplômés camerounais et l’emploi. Un pont entre les porteurs de projets et les investisseurs. Un pont entre la diaspora et son pays d’origine. Un pont, enfin, entre deux cultures d’entreprise, deux rythmes économiques, deux réalités que beaucoup opposent et qu’elle refuse, pour sa part, de voir comme incompatibles.

Diriger depuis Lyon une activité enracinée à Yaoundé impose une discipline particulière. Il faut organiser sa présence, structurer sa communication, entretenir un lien de confiance avec des équipes qui évoluent dans un contexte que l’on ne vit plus au quotidien. Il faut aussi accepter de voyager régulièrement, de garder le contact direct avec le terrain, de ne jamais laisser le digital devenir un prétexte pour s’en dispenser. C’est cette rigueur, précisément, qui permet à Milly Nadège FOKAM de tenir cette équation sur la durée, là où beaucoup d’entrepreneurs de la diaspora finissent par choisir un seul camp, faute d’avoir su organiser cette présence à distance.

Il y a, dans ce choix de vie, quelque chose qui dépasse la simple stratégie entrepreneuriale. C’est une manière de refuser une assignation. Refuser de devoir choisir entre réussir en Europe et s’engager pour l’Afrique. Refuser l’idée que la diaspora, pour être légitime dans son pays d’accueil, devrait tourner le dos à son pays d’origine. Milly Nadège FOKAM avance à rebours de cette logique, convaincue que les deux ancrages se nourrissent l’un l’autre, que son expérience française enrichit sa vision camerounaise, et que son engagement camerounais donne du sens et de la profondeur à sa réussite française.

Au fond, l’équation qu’elle a construite n’a rien d’un exploit logistique. C’est la traduction concrète d’une conviction simple, qu’elle porte depuis toujours : on peut être pleinement d’ici et pleinement de là-bas, à condition d’y mettre la rigueur, la présence et la constance que cela exige. Une équation qu’elle continue de vivre chaque jour, entre Lyon et Yaoundé, avec cette certitude tranquille de celle qui a fait de la double appartenance non pas une fragilité, mais sa force la plus singulière.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 * 2 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page