A la UneMines & énergies

Du Niger au Sénégal : La Turquie cherche à sécuriser ses approvisionnements en Afrique

Ankara élargit progressivement sa coopération minière avec les pays africains, en multipliant les accords et les opérations d’exploration. Du Niger au Sénégal, en passant par le Nigeria et l’Angola, cette offensive traduit une volonté de diversifier les sources d’approvisionnement en matières premières stratégiques. Mais pour transformer cette présence diplomatique en levier industriel, la Turquie devra convertir ses partenariats en projets miniers économiquement viables.

La diplomatie économique turque ouvre un nouveau front en Afrique : celui des ressources minérales. Le 6 octobre 2026, l’ambassadeur de Turquie en Angola, Özgür Uludüz, a rencontré le ministre angolais des Mines, Diamantino Azevedo, pour examiner les possibilités de coopération dans le secteur minier. Cette initiative illustre l’intérêt croissant d’Ankara pour les richesses du sous-sol africain, au moment où les grandes économies cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières.

Cette orientation ne constitue pas une rupture dans la politique africaine de la Turquie, mais plutôt une extension de ses ambitions commerciales et industrielles. Depuis 2003, Ankara s’emploie à renforcer ses relations économiques avec le continent, notamment dans le commerce, les infrastructures et les transports. L’industrie extractive vient désormais compléter cet éventail, avec un objectif économique majeur : accéder à de nouvelles ressources et ouvrir des marchés aux entreprises turques.

Une diplomatie minière qui s’étend à plusieurs pays

La démarche turque repose d’abord sur la conclusion d’accords bilatéraux destinés à établir un cadre de coopération avec les États détenteurs de ressources minérales. Au Nigeria, un mémorandum d’entente signé en mai 2026 est venu consolider les relations minières déjà encadrées par un accord conclu en 2021. Les domaines envisagés comprennent notamment l’exploration, le transfert de connaissances et la coopération technologique. Au Sénégal, un accord conclu en 2024 prévoit également des échanges autour des minéraux critiques et des terres rares. Des initiatives similaires concernent le Niger, l’Égypte et le Soudan. La récente ouverture de discussions avec l’Angola confirme ainsi l’élargissement géographique de cette stratégie.

Toutefois, la signature d’un protocole d’accord ne garantit ni la découverte de gisements commercialement exploitables ni la réalisation effective des projets. L’exploration minière exige des financements, des compétences techniques et une capacité à supporter des risques élevés sur plusieurs années. La portée économique de cette diplomatie dépendra donc de la concrétisation des engagements annoncés.

Le Niger, principal terrain d’expérimentation

Au-delà des discussions institutionnelles, la Turquie dispose déjà d’une présence opérationnelle sur le continent. Au Niger, la société publique MTA International Mining (MTAIC) conduit des activités d’exploration aurifère à travers deux filiales, chacune titulaire de trois permis. Engagées en 2020, les opérations comprennent des travaux de cartographie géologique, des levés géophysiques et des forages carottés. Des études de préfaisabilité et de faisabilité sont également évoquées, signe d’une progression vers une meilleure évaluation du potentiel des zones ciblées.

Le parcours de MTAIC au Soudan témoigne cependant des contraintes auxquelles les opérateurs peuvent être confrontés. Présente depuis 2018 dans l’exploration, l’entreprise y avait identifié des cibles aurifères et cuprifères avant de suspendre ses activités pour des raisons de sécurité. Ces expériences montrent que l’accès aux ressources ne dépend pas uniquement de la qualité géologique des territoires. La stabilité opérationnelle, les conditions réglementaires, les infrastructures et les possibilités d’évacuation des minerais influencent également la rentabilité des projets.

Les minerais critiques au cœur de la stratégie industrielle

L’intérêt turc pour l’Afrique s’inscrit dans une compétition internationale autour des matières premières nécessaires aux activités industrielles et aux nouvelles technologies. Le continent concentre une part importante des réserves mondiales de plusieurs ressources minérales, notamment l’or, le cuivre et différents minerais critiques. La Turquie possède elle-même une industrie extractive diversifiée. Elle occupe une place importante dans la production de borates et exploite également du chrome, de l’or, du cuivre, du zinc et du nickel. L’accès à des ressources supplémentaires peut donc contribuer à alimenter son appareil industriel, à diversifier ses fournisseurs et à limiter certaines vulnérabilités de son approvisionnement.

La société publique MTAIC joue un rôle central dans cette orientation. Sa mission consiste notamment à rechercher, à l’étranger, des ressources minérales critiques et stratégiques nécessaires à l’économie turque, tout en créant des débouchés pour les entreprises nationales. Cette stratégie dépasse progressivement le seul cadre des initiatives publiques. Des sociétés privées turques, dont OZ Mining, cherchent également à développer leur présence sur les marchés miniers africains. Cette évolution pourrait favoriser une articulation entre l’exploration publique, les investissements privés et les activités industrielles.

Des ambitions confrontées à une concurrence internationale

L’offensive turque se déploie néanmoins sur un marché où plusieurs puissances disposent déjà d’importants moyens financiers, techniques et diplomatiques. La Chine et les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, tandis que des groupes miniers australiens et canadiens sont implantés dans de nombreux pays producteurs. Dans cet environnement, les accords bilatéraux constituent un point de départ, mais ne suffisent pas à garantir un avantage économique durable. La Turquie devra mobiliser des financements adaptés, démontrer la viabilité de ses projets et composer avec les exigences réglementaires propres à chaque pays.

À terme, la réussite de la stratégie minière turque dépendra donc moins du nombre d’accords signés que de sa capacité à faire émerger des projets rentables et durables. Au Niger, la progression des travaux de MTAIC constituera notamment un indicateur de cette transformation. Pour Ankara, l’enjeu est de convertir son rapprochement diplomatique avec l’Afrique en actifs miniers concrets, capables de renforcer sa sécurité d’approvisionnement et la compétitivité de son industrie. Si nécessaire, je peux également proposer une version plus incisive, avec un titre plus accrocheur et un angle davantage centré sur la concurrence entre la Turquie, la Chine et les puissances occidentales pour l’accès aux minerais africains.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 * 4 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page