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Afrique centrale : Commissariat à la CEEAC, le Cameroun face à un choix stratégique avant Malabo

À la veille de la réunion décisive du Conseil des ministres de la CEEAC à Malabo, le Cameroun se retrouve à la croisée des chemins. Yaoundé doit trancher entre deux portefeuilles clés du futur exécutif communautaire, un arbitrage révélateur de ses priorités politiques et diplomatiques en Afrique centrale.

Les 16 et 17 janvier 2026, Malabo accueillera le Conseil des ministres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, prélude à la IXe session extraordinaire des chefs d’État consacrée à la mise en place du nouveau collège des commissaires. Cinq portefeuilles sont en jeu, mais pour le Cameroun, l’enjeu se cristallise autour d’un choix exclusif : briguer le commissariat du Marché commun, des Affaires économiques, monétaires et financières, ou celui dédié à la Promotion du genre, au Développement humain et social. Ce dilemme dépasse la simple répartition de postes. Il engage la place que Yaoundé entend occuper dans l’architecture décisionnelle de la CEEAC au cours des prochaines années.

Pour le portefeuille économique, le Cameroun aligne Jacob Kotcho Bongkwaha, économiste chevronné et actuel directeur du Marché commun à la CEEAC. Sa connaissance intime des rouages communautaires et son profil technocratique jouent en sa faveur. L’évaluation indépendante menée par le cabinet Mazars l’a d’ailleurs classé en tête des candidats, avec une note nettement supérieure à celle de ses concurrents. En face, Nelly Banaken Elel porte la candidature camerounaise au commissariat social. Diplomate aguerrie, en poste à la Mission permanente du Cameroun auprès des Nations unies, elle s’est illustrée sur la scène multilatérale, notamment par son élection comme vice-présidente d’une commission clé de l’Assemblée générale de l’ONU. Son parcours incarne une autre forme de rayonnement, axée sur les enjeux humains et sociétaux.

En interne, le débat est vif. Certains diplomates estiment que tous les commissariats se valent et soulignent la légitimité de la candidature féminine. D’autres, au contraire, rappellent que le commissariat du Marché commun concentre l’essentiel des leviers stratégiques de la CEEAC. La majorité des objectifs du Traité révisé de l’organisation portent en effet sur l’intégration économique, la convergence macroéconomique et les mécanismes financiers régionaux. À ce poste, le commissaire devient un acteur central du dialogue avec les partenaires techniques et financiers, tout en pilotant les chantiers structurants de l’intégration régionale.

Du côté de la présidence camerounaise, les signaux pencheraient vers l’option économique. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui fait de l’intégration régionale un moteur de croissance et d’industrialisation. Obtenir le commissariat du Marché commun offrirait ainsi au Cameroun une caisse de résonance régionale pour ses priorités nationales. L’arbitrage final, attendu du chef de l’État, reste toutefois entouré de discrétion. À Malabo, au-delà des noms, c’est la hiérarchie des ambitions camerounaises au sein de la CEEAC qui devrait se dessiner, comme une boussole indiquant la direction choisie par Yaoundé dans le concert régional.

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