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AGOA relancée jusqu’en 2028 : Washington ravive son levier commercial en Afrique

Après plusieurs mois de flottement, les États-Unis s’apprêtent à prolonger jusqu’en 2028 l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), leur principal dispositif de préférences commerciales envers l’Afrique subsaharienne. Une décision motivée autant par des considérations économiques que par la volonté de contenir l’influence croissante de la Chine et d’autres puissances rivales sur le continent.

La Chambre des représentants américaine a franchi une étape majeure dans la relance de l’AGOA. Lundi 12 janvier, les élus ont largement adopté un projet de loi visant à prolonger ce régime commercial préférentiel jusqu’au 31 décembre 2028. Sur les 394 parlementaires ayant pris part au vote, 340 se sont prononcés en faveur du texte, illustrant un rare consensus bipartisan sur la question africaine. Baptisé AGOA Extension Act, le projet doit désormais être examiné par le Sénat. En cas d’approbation, les pays d’Afrique subsaharienne éligibles retrouveront un accès en franchise de droits au marché américain pour des centaines de produits, interrompu depuis l’expiration du programme le 1er octobre 2025.

Le texte adopté prévoit également un mécanisme correctif destiné à limiter les effets de l’interruption du dispositif. Les droits de douane perçus sur les marchandises originaires de pays éligibles et importées aux États-Unis entre le 30 septembre 2025 et l’entrée en vigueur de la loi pourraient être remboursés aux opérateurs concernés. Toutefois, cette reconduction ne dissipe pas toutes les zones d’ombre. Si l’AGOA permet de neutraliser les droits de douane classiques, elle ne protège pas contre les taxes spécifiques décidées unilatéralement par l’exécutif américain. Une nuance importante dans un contexte de durcissement de la politique commerciale américaine.

Parmi les incertitudes majeures figure le sort de l’Afrique du Sud, pilier historique de l’AGOA. Pretoria entretient actuellement des relations tendues avec l’administration Trump, qui critique ouvertement sa politique intérieure et ses choix diplomatiques. Washington reproche notamment à la première économie industrialisée du continent son rapprochement avec des puissances considérées comme rivales, telles que la Chine, la Russie ou l’Iran. La participation de ces pays à des exercices navals conjoints au large des côtes sud-africaines a ravivé les critiques au Congrès, où certains élus évoquent une remise en cause des critères politiques du programme.

Au-delà du commerce, l’AGOA apparaît de plus en plus comme un outil stratégique. Les parlementaires américains ne s’en cachent pas : le dispositif doit contribuer à sécuriser l’accès des États-Unis aux minerais critiques, dont près de 30 % des réserves mondiales se trouvent en Afrique. Face à une Chine très offensive, qui a récemment supprimé l’ensemble des droits de douane sur ses importations en provenance de 53 pays africains, Washington craint de perdre davantage de terrain. Pour les élus américains, une interruption prolongée de l’AGOA risquerait de créer un vide rapidement comblé par Pékin ou Moscou.

Lancé en 2000, l’AGOA permettait à ses bénéficiaires d’exporter plus de 1 700 produits vers les États-Unis sans droits de douane. Chaque année, la liste des pays admissibles était révisée en fonction de critères économiques, institutionnels et politiques, incluant le respect de l’État de droit, l’ouverture à l’économie de marché et les progrès démocratiques. Sa reconduction jusqu’en 2028 redonne de la visibilité aux exportateurs africains, tout en confirmant que le commerce reste, pour Washington, un levier d’influence au cœur de la recomposition géopolitique du continent.

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