Aquaculture : L’État camerounais muscle les compétences face à la pénurie de poisson
À Yaoundé, le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales a formé une trentaine d’experts venus de toutes les régions afin d’améliorer la production piscicole nationale. Une initiative qui s’inscrit dans la lutte contre un déficit annuel évalué à près de 270 000 tonnes de poisson.

Pendant quatre jours, une trentaine d’agronomes et d’acteurs de la pisciculture ont suivi un programme intensif de renforcement des capacités, clôturé le 1er février 2026 dans la capitale. L’objectif affiché par le Minepia est clair : doter les techniciens des outils nécessaires pour mieux accompagner les éleveurs de poissons et stimuler la production locale. Les participants ont été initiés à la gestion moderne des étangs, à la nutrition des poissons et aux techniques de reproduction artificielle. Une attention particulière a été portée aux opérations post-récolte, notamment le fumage, afin de réduire les pertes et d’améliorer la qualité des produits mis sur le marché. Selon les organisateurs, l’approche pratique de la formation doit permettre une application rapide sur le terrain.
Un module spécifique a été consacré à la fabrication locale d’aliments pour poissons, considérée comme l’un des principaux goulots d’étranglement de la pisciculture camerounaise. La dépendance aux intrants importés pèse lourdement sur les coûts de production et limite la rentabilité des exploitations. En renforçant les compétences en formulation d’aliments, le gouvernement espère réduire cette vulnérabilité structurelle et favoriser l’émergence d’unités locales capables d’approvisionner les fermes aquacoles à moindre coût. À terme, cette dynamique devrait rendre l’activité plus attractive pour les investisseurs et les jeunes ruraux.
La formation s’inscrit dans une politique plus large de substitution aux importations. Le Cameroun consomme environ 500 000 tonnes de poisson par an, alors que la production nationale reste nettement inférieure à ce niveau. L’écart, estimé à 270 000 tonnes, est comblé par des importations massives de poisson congelé, avec un impact direct sur la balance commerciale. À travers le Plan intégré agropastoral et de substitution aux importations de poisson (PIISAH) 2024-2026, les autorités ambitionnent de porter la production nationale à plus de 450 000 tonnes d’ici 2030, ramenant ainsi la part des importations à un niveau marginal.
Le poisson demeure une source majeure de protéines animales pour les ménages camerounais, avec une consommation moyenne estimée à plus de 15 kg par habitant et par an. Au-delà de l’enjeu nutritionnel, l’essor de l’aquaculture est perçu comme un moteur potentiel d’emplois et de revenus en milieu rural. Les bénéficiaires de la formation estiment que la mise à niveau technique reçue renforcera leur capacité à encadrer les producteurs et à promouvoir des pratiques rentables. Pour l’État, l’équation est simple : produire davantage localement pour nourrir la population, réduire la facture des importations et consolider la souveraineté alimentaire.



