Arrestation de Nicolás Maduro : L’Occident à un pas de redessiner la carte de l’Amérique latine
Perçu comme un narco-État déstabilisant la région, vu par certains comme une intervention occidentale stratégique visant à stabiliser le continent, sécuriser ses intérêts et réaligner l'Amérique latine loin des régimes anti-américains. L’arrestation de Nicolás Maduro marque une rupture nette dans la politique américaine à l’égard du Venezuela. Car depuis plusieurs années déjà, les États-Unis exercent une pression diplomatique, économique et politique sur Caracas. Objectif : provoquer un changement de régime, sans jamais franchir le seuil de l’intervention directe.

Réputée d’une grande efficacité, l’opération américaine qui a conduit l’ex président Maduro aux portes du pays de l’oncle Sam semble avoir été préparée depuis fort longtemps. Selon des sources militaires, sur le plan tactique, l’opération apparaît comme une réussite incontestable. Elle a été montée pièce par pièce, si l’on se réfère à la montée progressive de la pression américaine. Tel un effet de phagocytose ou encore une adaptation moderne de la tactique de la terre brûlée, le sort de l’héritier politique d’Hugo Chavez s’est scellé via un blocus maritime, le déploiement de la flotte américaine et l’intensification de la lutte contre les narcotrafics. À cela s’est ajoutée une infiltration du territoire vénézuélien par les forces spéciales et les services de renseignement.
Menée de nuit, l’intervention américaine a été fulgurante de par son mode opératoire : des frappes ciblées sur des points stratégiques, l’arrestation rapide de Nicolás Maduro, de son épouse et de membres clés de son entourage. Un succès impressionnant depuis l’Opération Trident de Neptune. Initiée par l’ex président, Barack Obama, celle-ci avait conduit dans la nuit du 1er au 2 mai 2011 à Obbottabad au Pakistan, à l’assassinat d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaïda et cerveau des attentats du 11 septembre 2001.
Pétrole, drogue, sécurité : Le verre à moitié plein de Trump
Une fois le régime Maduro renversé, la question cruciale de l’après lui se pose automatiquement : comment établir un nouveau gouvernement ? Comment garantir la stabilité politique et économique du pays ? Et surtout, comment reconstruire un État affaibli par près de vingt-cinq ans de chavisme ?
À contrario de la lecture simpliste avancée par certains internationalistes, ce au nom de la souveraineté des États. L’intervention américaine ne répond pas spécifiquement à des considérations pétrolières. Loin du pétrole, l’enjeu sécuritaire est mis en avant. En effet, le Venezuela est devenu un narco-État, marqué par des trafics massifs, drogue, êtres humains, et par une grave crise humanitaire. Conséquence : plus d’un million de vénézuéliens ont fui le pays, provoquant une déstabilisation régionale majeure.
Une instabilité transfrontalière qui s’est répercutée dans les pays voisins comme la Colombie, le Chili et d’autres États d’Amérique latine. Au Chili, par exemple, les bandes criminelles venues du Venezuela ont profondément déstabilisé le nord du pays, au point de devenir un thème central de la campagne présidentielle. De plus, le Venezuela a constitué depuis plusieurs années, un pilier économique pour plusieurs régimes anti-américains, en particulier Cuba, à qui Caracas livrait du pétrole à prix réduit.
Peut-être un printemps latino-américain pour les anciens soutiens pro-Maduro
Dans la volonté inouïe de Washington de stabiliser le continent latino-américain. La fracture économique et sociale pourrait se consolider à l’échelle régionale. Cuba, qui recevait environ 40 000 barils de pétrole par jour du Venezuela, risque de plonger dans une dégradation économique et sociale brutale. Privé de ce soutien, le régime cubain pourrait vaciller dans les semaines à venir, ouvrant la voie à un possible changement de gouvernement. Le Nicaragua, dépendant des subsides vénézuéliens, pourrait également suivre une trajectoire similaire.
La diplomatie internationale entre complicité et mutisme
Au moment où les observateurs comparent déjà l’intervention américaine au Venezuela à celle menée en Irak en 2003, redoutant ainsi un scénario de chaos prolongé. Le Venezuela quant à lui entame le parcours d’un avenir entre espoir et incertitudes, où promesses et défis du prétendu libérateur se regardent en chiens de faïence. Devant cette mutation saluée par certains et fustigée par d’autres. Le monde se prononce.
À Paris, Emmanuel Macron se réjouit de voir le Venezuela débarrassé, d’un dictateur. Une opinion pas du tout partagée par son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a souligné qu’« aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir ». Même son de cloche pour la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, qui a appelé à la « retenue » et au respect du droit international au Venezuela. Dans un communiqué publié par le ministère russe des Affaires étrangères, Moscou a exhorté les autorités américaines à reconsidérer leur position et à libérer le président légalement élu d’un pays souverain ainsi que son épouse.
Contrairement à certains États qui condamnent fermement l’opération américaine au Venezuela, tandis que d’autres appellent à une désescalade. Dans un message sur X de son ministre des Affaires étrangères. Israël a salué l’opération des Etats-Unis au Venezuela, indiquant au passage que le président américain Donald Trump a agi en tant que leader du monde libre. « En ce moment historique, Israël se tient aux côtés du peuple vénézuélien épris de liberté, qui a souffert sous la tyrannie illégale de Maduro. Israël se félicite de la destitution du dictateur qui dirigeait un réseau terroriste et de drogue », a ajouté Gideon Saar. À des milliers de kilomètres de Washington, l’affaire Maduro fait peu réagir voire pas du tout réagir sur le sol africain. Un mutisme que nombre d’observateurs assimilent à une complicité imposée, tant les rapports entre l’exécutif américain et certains Chefs d’Etats, ne sont pas au beau fixe.



