Automobile : Tractafric Motors Cameroun sous pression financière face à un marché en pleine mutation
Fragilisé par plusieurs exercices déficitaires, le concessionnaire automobile historique a enclenché une procédure de sauvegarde prévue par le droit Ohada. S’il poursuit ses activités, Tractafric Motors Cameroun doit désormais reconstituer rapidement ses fonds propres pour éviter une issue judiciaire.

Tractafric Motors Cameroun, acteur de référence de la distribution automobile en Afrique centrale, traverse une zone de turbulences financières. La filiale camerounaise du groupe panafricain a officiellement admis une dégradation de sa situation patrimoniale, ses capitaux propres étant désormais inférieurs au seuil réglementaire correspondant à la moitié de son capital social, fixé à 1,52 milliard de FCFA. Cette situation a été actée lors de l’assemblée générale mixte du 30 juillet 2025. Conformément aux exigences du droit des sociétés de l’Ohada, les actionnaires ont été amenés à se prononcer sur l’avenir de l’entreprise. Le choix retenu a été celui de la continuité d’exploitation, écartant la dissolution, mais en contrepartie d’un engagement clair à rétablir l’équilibre financier. La décision a été formalisée devant le Tribunal de première instance de Douala à la fin décembre 2025.
La réglementation communautaire est explicite : lorsqu’une société enregistre des pertes réduisant ses fonds propres sous le seuil critique, elle doit soit cesser ses activités, soit engager un redressement financier. Tractafric Motors Cameroun dispose ainsi d’un délai légal pour renforcer sa structure financière, à travers une recapitalisation, de nouveaux apports des actionnaires, une amélioration de la rentabilité ou une réorganisation interne. À défaut de mesures efficaces, la société pourrait s’exposer à une dissolution judiciaire.
Cette fragilité financière tranche avec le niveau d’activité affiché par l’entreprise. En 2024, le concessionnaire revendiquait des volumes de ventes importants, aussi bien sur les véhicules particuliers que sur les poids lourds, pour un chiffre d’affaires dépassant les 200 milliards de FCFA. Mais cette performance commerciale ne s’est pas traduite par une solidité financière équivalente, révélant une pression accrue sur les marges et une hausse des coûts d’exploitation.
Le secteur automobile camerounais a été largement redessiné par l’irruption de constructeurs asiatiques, notamment chinois, positionnés sur des segments plus accessibles. Cette concurrence a réduit l’avantage historique des acteurs installés de longue date. Des entreprises locales, plus agiles sur le plan tarifaire, ont capté une part croissante de la demande.
Pour rester compétitif, Tractafric Motors Cameroun a amorcé une diversification de son portefeuille, avec l’introduction de marques comme Chery et un partenariat avec FAW Trucks. Fort de son réseau à Douala et Yaoundé et de sa notoriété, le concessionnaire joue désormais une partie décisive : transformer son volume d’affaires en rentabilité durable et restaurer ses fonds propres afin d’assurer sa pérennité.



