Banques africaines : Un horizon plus dégagé pour 2026, malgré des fragilités persistantes
Selon une analyse récente de S&P Global Ratings, l’année 2026 s’annonce globalement favorable pour les banques africaines. La baisse progressive de l’inflation et des taux d’intérêt, combinée à une reprise économique dans plusieurs pays clés, devrait soutenir la croissance du crédit et améliorer, à pas mesurés, la qualité des portefeuilles bancaires. Toutefois, des disparités régionales et des risques structurels demeurent.

Dans son rapport « Africa Banking Outlook 2026 », S&P Global Ratings met en avant un environnement macroéconomique plus porteur pour la plupart des pays où opèrent les banques qu’elle note. L’agence prévoit une dynamique robuste en Égypte, au Maroc et au Nigeria, tandis qu’une reprise modérée est attendue en Afrique du Sud, portée par les réformes économiques, les investissements dans les infrastructures et la relance de la consommation. La Tunisie, en revanche, apparaît en retrait. L’absence d’avancées significatives en matière de réformes structurelles limite les perspectives de croissance et pèse sur l’activité bancaire.
À l’échelle du continent, le contexte géopolitique international, bien que jugé préoccupant pour les marchés émergents, n’a pas encore provoqué de choc majeur sur les économies africaines. Les analystes soulignent toutefois que des perturbations prolongées des routes commerciales ou une instabilité des prix des matières premières pourraient fragiliser la confiance des investisseurs et des ménages.
Des marges sous pression, mais une rentabilité qui résiste
La baisse attendue des taux d’intérêt devrait peser sur les marges bancaires. Pour compenser, les établissements misent sur l’augmentation des volumes de crédits et sur une réduction des pertes liées aux créances douteuses. En Afrique du Sud, la diversification des activités bancaires est également appelée à jouer un rôle stabilisateur. Les performances financières devraient cependant varier selon les pays. Au Maroc et en Afrique du Sud, S&P anticipe une rentabilité solide, soutenue par l’essor des prêts et la diminution du coût du risque. Ces facteurs devraient amortir la normalisation des gains issus des activités de marché au Maroc et le repli des marges sud-africaines.
À l’inverse, au Nigeria et en Égypte, le recul attendu de l’inflation s’accompagnera d’une détente monétaire susceptible de réduire progressivement les profits bancaires. Cette évolution sera toutefois partiellement compensée par l’amélioration de la qualité des actifs. En Tunisie, la rentabilité resterait globalement stable, malgré des inefficacités structurelles et un niveau de risque toujours élevé.
Qualité des actifs : une amélioration timide mais réelle
L’agence de notation estime que la qualité des portefeuilles de prêts devrait se stabiliser ou progresser légèrement. La baisse de l’inflation et des taux d’intérêt devrait renforcer le pouvoir d’achat des ménages et améliorer leur capacité de remboursement. Le cas du Nigeria demeure néanmoins sensible : près de la moitié des crédits y sont libellés en devises étrangères et environ un tiers sont liés au secteur des hydrocarbures, exposant les banques à la volatilité des cours de l’énergie et des changes.
Au Maroc et en Tunisie, les taux de prêts non performants restent supérieurs à ceux observés dans d’autres pays africains, en raison d’un héritage de créances problématiques. Les progrès réglementaires sont jugés insuffisants pour accélérer l’assainissement des bilans. Le Maroc ne dispose pas encore d’un véritable marché secondaire pour les créances douteuses, tandis que la Tunisie gagnerait à adopter un cadre facilitant des radiations plus rapides.
Des notations contrastées sur le continent
Les évaluations attribuées par S&P aux banques africaines illustrent de fortes disparités. Elles s’échelonnent de « BB » pour de grands groupes sud-africains comme Nedbank ou FirstRand, à « CC » pour certains établissements nigérians fragilisés par des difficultés de capitalisation. Environ la moitié des banques notées bénéficient désormais d’une perspective positive, notamment en Afrique du Sud et au Nigeria. Cette tendance reflète les améliorations enregistrées en 2025, année durant laquelle S&P a relevé la note de près de la moitié des institutions qu’elle suit.
Un secteur mieux armé, mais toujours sous vigilance
En définitive, le paysage bancaire africain aborde 2026 avec des fondations plus solides qu’au cours des années précédentes. La reprise économique, la détente de l’inflation et l’amélioration progressive de la qualité des actifs offrent un terrain plus favorable à l’expansion du crédit. Cependant, les vulnérabilités liées aux réformes inachevées, aux risques géopolitiques et à l’exposition sectorielle rappellent que cette embellie reste fragile. Les banques africaines devront donc conjuguer prudence et innovation pour transformer ces perspectives encourageantes en croissance durable.



