Barrage de Nachtigal : En sous régime partiel et réseau saturé limitent la pleine puissance
Entrée en service en 2025 et déjà essentielle pour l’équilibre du système électrique camerounais, la centrale hydroélectrique de Nachtigal ne fonctionne pas encore à son niveau maximal. Entre la baisse saisonnière du débit du fleuve Sanaga et les contraintes persistantes sur certaines lignes de transport, la production et la distribution d’électricité restent temporairement freinées.

Située dans la région du Centre, la centrale hydroélectrique de Barrage de Nachtigal ne délivre pas encore toute la puissance pour laquelle elle a été conçue. Lors d’une visite du site le 18 mars, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a constaté que la production restait inférieure aux capacités installées. Dans la salle de contrôle de l’ouvrage, les indicateurs témoignaient de cette situation. En début de matinée, près de 3 900 m³ d’eau par seconde alimentaient les turbines, un niveau jugé insuffisant pour permettre à l’ensemble des groupes de fonctionner simultanément à plein régime.
Dans ces conditions, seuls trois groupes étaient en activité, chacun générant environ 70 MW. La puissance totale atteignait donc autour de 210 MW, soit la moitié de la capacité finale attendue, fixée à 420 MW. Selon le ministre, la principale explication réside dans la période d’étiage que traverse actuellement le fleuve. Chaque unité de production nécessite environ 150 m³ d’eau par seconde pour fonctionner dans des conditions optimales. Or, en saison sèche, les volumes disponibles diminuent et limitent mécaniquement la production d’électricité.
Cette situation devrait néanmoins évoluer dans les prochains mois. Les autorités comptent sur le retour progressif des pluies pour augmenter le débit du fleuve et, par conséquent, la capacité de production de la centrale. D’après les projections du ministère de l’Énergie, la puissance injectée dans le réseau pourrait atteindre environ 300 MW dès le milieu de l’année, lorsque la saison humide sera pleinement installée. Depuis son démarrage en mai 2025, l’infrastructure a déjà renforcé de manière significative l’approvisionnement électrique du pays. Selon les données communiquées par l’exploitant Nachtigal Hydro Power Company, la centrale représente déjà près de 30 % de la production nationale d’électricité, avec une génération annuelle estimée à 2,9 TWh.
Mais l’hydrologie n’est pas la seule contrainte qui pèse sur l’exploitation de l’ouvrage. Le réseau de transport de l’électricité constitue également un facteur limitant. L’énergie produite à Nachtigal est actuellement acheminée vers le poste de Nyom II avant d’alimenter principalement les régions du Centre, du Sud et de l’Est. Ensemble, ces zones représentent une demande d’environ 375 MW. Cependant, certains segments du réseau restent saturés. Le principal point de tension se situe sur l’axe reliant Edéa à Douala, où les infrastructures existantes peinent à absorber un surplus de production. Pour résoudre cette difficulté, les autorités ont engagé la construction d’un nouveau corridor énergétique. Celui-ci reliera Yaoundé à Edéa grâce à une ligne de 400 kV, avant de rejoindre Douala via une liaison de 225 kV passant par Ngodi et Bakoko.
Les responsables du secteur estiment que cette nouvelle infrastructure devrait être achevée autour de juin 2026. Elle constituera un second couloir d’évacuation de l’électricité et permettra d’augmenter sensiblement les volumes transportés vers la capitale économique. Le gouvernement reconnaît toutefois que la réalisation de ces lignes s’est heurtée à plusieurs obstacles, notamment la libération des emprises et les procédures d’indemnisation des populations concernées. Ces contraintes foncières ont ralenti l’avancement des travaux. Malgré ces retards, les autorités assurent que la synchronisation entre la montée en puissance de la centrale et la mise en service des nouvelles lignes permettra bientôt d’exploiter pleinement le potentiel énergétique du barrage.



