Barrage de Nachtigal : Une ardoise de près de 70 milliards FCFA fragilise le projet
La centrale hydroélectrique de Nachtigal, pilier du renforcement énergétique du Cameroun, fait face à une tension financière croissante. Les factures impayées de l’État envers le producteur indépendant NHPC avoisinent désormais 70 milliards FCFA, mettant sous pression la trésorerie du projet et les relations avec les bailleurs.

Les arriérés se sont constitués progressivement depuis la mise en exploitation de l’ouvrage. Entre août et novembre 2025, les impayés avaient déjà franchi la barre des 50 milliards FCFA. Depuis janvier 2026, de nouvelles facturations mensuelles d’environ 10 milliards FCFA sont venues alourdir la note. Au total, près de sept mois de factures restent en souffrance, selon des sources proches du dossier. Cette accumulation a rapidement pesé sur l’équilibre financier de l’entreprise chargée d’exploiter le barrage. Début 2026, la société a alerté les ministères en charge de l’Énergie et des Finances sur l’épuisement progressif de ses ressources. À la fin du mois de janvier, la trésorerie disponible ne permettait plus de couvrir durablement les charges d’exploitation ni le service de la dette contractée pour la construction de l’ouvrage.
L’absence d’alimentation du compte de réserve destiné au remboursement des prêts, notamment pour le mois de décembre 2025, a placé l’opérateur en situation de défaut vis-à-vis de ses créanciers. Réunis à Paris fin janvier, actionnaires et bailleurs ont examiné les risques liés à cette dégradation financière. Des engagements ont toutefois été pris : clarification des crédits budgétaires inscrits en loi de finances, reconstitution d’une lettre de crédit auprès d’une banque internationale et définition d’un calendrier de décaissements. Les discussions portent aussi sur l’accélération des travaux de renforcement des réseaux, indispensables pour absorber l’électricité produite.
Pour éviter une crise durable, un mécanisme de garantie financière est en cours de mise en place. Il s’agit d’un fonds revolving de 100 milliards FCFA destiné à assurer un règlement plus régulier des factures. Une première tranche de 20 milliards FCFA a été mobilisée fin 2025 auprès de banques partenaires, mais seule la moitié aurait effectivement été versée à l’opérateur. D’autres établissements se sont déclarés prêts à rejoindre le dispositif, avec des engagements potentiels dépassant 40 milliards FCFA. Ce mécanisme doit permettre à l’État d’honorer ses obligations sans recourir systématiquement à la lettre de crédit initiale, aujourd’hui presque entièrement consommée.
Chaque mois, l’opérateur du barrage facture environ 10 milliards FCFA à l’énergéticien national, que l’électricité soit consommée ou non, conformément au contrat. En difficulté de trésorerie, ce dernier n’a pas pu respecter pleinement ses engagements, contraignant l’exploitant du barrage à activer les garanties prévues. Un versement récent d’un milliard FCFA reste largement insuffisant face aux arriérés cumulés.
Avec une puissance installée de 420 MW et un coût global de 786 milliards FCFA, Nachtigal doit augmenter d’environ 30 % les capacités électriques nationales et renforcer la part de l’hydroélectricité. Mais la continuité d’exploitation dépend désormais étroitement des décisions financières de l’État. Sans un assainissement rapide des paiements, ce projet stratégique risque de devenir un symbole des fragilités budgétaires plutôt qu’un levier de sécurité énergétique.



