Budget 2026 : Le Cameroun fixe ses priorités et vise une croissance à 4,3% fin 2026
Arrêté à 8816,4 milliards FCFA contre 7735,9 milliards en 2025. Le budget lancé officiellement le 13 janvier 2026 à Ngaoundéré par Louis Paul Motaze, ministre des Finances, expose les priorités du gouvernement en matière d'investissement et les innovations majeures. Objectif : renforcer la dynamique de la croissance économique inclusive via l’accentuation de la transformation industrielle du tissu productif et l'amélioration des conditions de vie des populations.

Dans la perspective d’atteindre, le cas échéant, une croissance économique de 4,3 %, un taux d’inflation de 3%, un déficit budgétaire de 1,7% et un endettement maîtrisé à 50 % à fin 2026. L’État du Cameroun en droite ligne des orientations de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND 30), va orienter son investissement budgétaire vers plusieurs secteurs à fort impact socio-économique.
Dans le secteur de l’eau et de l’énergie, 425,7 milliards FCFA seront engagés pour poursuivre les travaux divers d’électrification urbaine et rurale dans les 05 régions que sont : l’Adamaoua, le Centre, Nord, Ouest et Sud ; la modernisation du réseau électrique national, la finalisation et l’achèvement de plusieurs projets. Dans le cadre du renforcement de l’offre énergétique, des capacités de transport et de distribution de l’énergie, l’on évoque le projet d’interconnexion en 225 kilovolts Nord-Sud et Tchad-Cameroun; le renforcement et la stabilisation des réseaux de transport électrique dans la ville de Douala; la poursuite des travaux de construction de l’usine de pied et des lignes d’évacuation du barrage de Lom Pangar; les finalisations des travaux d’électrification de 200 localités par système solaire photovoltaïque, la phase 1 du projet de construction des lignes de transport 225 kilovolts Ebolowa-Kribi et 90 kv Mbalmayo-Mekin ainsi que la construction des ouvrages connexes…etc.
Par ailleurs, une place de choix va être donnée à la finalisation de la mise en service du barrage de Nachtigal; le démarrage des travaux de construction du barrage de Kikot. Afin de rétablir l’équilibre du secteur électrique, le gouvernement prévoit de finaliser le rachat des parts détenues par Actis dans le capital d’Eneo.
En matière d’eau et d’assainissement, le budget 2026 va permettre d’achever et de démarrer plusieurs projets tels que : les projets d’alimentation en eau de 09 villes, de reconfiguration du système d’alimentation en eau potable des villes de Yaoundé et Douala, sans omettre le projet de sécurité de l’eau, sans oublier les travaux de réhabilitation de la station d’adduction d’eau de Japoma.
Vers la réhabilitation des infrastructures aéroportuaires et ferroviaires
Si 2025 a été une année de transition et de préparation intense, marquant le début concret de projets structurants destinés à moderniser et étendre le réseau ferroviaire camerounais. Un financement global de 34,6 milliards FCFA contribuera à poursuivre la mise en œuvre des projets non achevés ou en cours de démarrage. Après les consultations préliminaires lancées en septembre 2025 pour le renouvellement de quelques lignes. Les tronçons cruciaux que sont Douala-Yaoundé et Belabo-Ngaoundéré devraient connaître un coup d’accélérateur, de même que le projet régional pour l’amélioration de la performance du corridor rail/route Douala-N’djamena d’un montant de 17, 2 milliards FCFA.
Le Cameroun étant un hub stratégique pour l’économie de la sous-région Afrique Centrale. Et dans le but de conforter cette position, 3,4 milliards seront consacrés à la clôture de la mise en œuvre du projet développement d’une zone industrielle intégrée dans la ville de Kribi. Une suite logique que viendra non seulement confirmer la construction d’autres infrastructures maritimes et portuaires, mais aussi la réhabilitation des aéroports de Bertoua, Kribi et Tiko.
Des routes nouvelles ou réhabilitées pour désenclaver les bassins de production
Avec 384,95 km de routes bitumées au 30 septembre 2025 contre un objectif annuel fixé par le gouvernement à 754,76 km. « le réseau routier du Cameroun est à 75% (91 404,7 km) dans un état médiocre ou mauvais, tandis que seulement 25% de son linéaire (30 468,2 km) est en bon ou moyen état » avait relevé le 04 septembre 2025, un document du ministère des Travaux publics élaboré à l’occasion de la revue des projets routiers.
Pour relever ces défis, un investissement colossal de 651,9 milliards, en hausse de 40, 4 milliards FCFA par rapport à 2025, permettra de réhabiliter, aménager, bitumer et construire routes et ouvrages d’art. Dans le chapitre des réhabilitations à mener ou à poursuivre, il ressort les axes Bamenda-Babadjou, Mora-Dabanga-Kousseri, Magada-Guidiguis-Yagoua,Mbalmayo-Sangmelima, Edéa-Kribi, Douala-Bandjoun, Bekoko-Limbe-Idenau, la Boucle de la Lékié …etc.
Dans l’optique de livrer près de 650 kilomètres de routes bitumées et plus de 1300 mètres linéaires d’ouvrages d’art, tout en renforçant les opérations d’entretien sur les axes prioritaires et communaux afin d’améliorer la connectivité à travers le territoire. Plusieurs axes routiers devraient l’être au cours de l’exercice 2026, parmi lesquels les routes Batouri-Ngoura-Kentzou, Ngaoundéré-Paro, Ebolowa-Akom 2-Kribi, Oveng-Frontière Gabon, Pénétrante Nord de Yaoundé, Kumba-Mamfe, Maroua-Bogo-Pouss… Etc. Pour financer efficacement les travaux qui seront menés au cours de l’exercice budgétaire, la mobilisation des recettes demeure le talon d’Achille, d’où le gouvernement a mis en place diverses réformes pour favoriser la collecte des ressources.
Un budget 2026 porté par de grandes innovations
Adoptée dans un souci urgent de consolider davantage les finances publiques tout en soutenant la croissance économique. La loi de finances 2026 présente plusieurs mesures structurantes, destinées à concilier efficacité budgétaire, justice fiscale et impact social.
Concrètement, les plus visibles sont entre autres : la réduction de 30 % du montant imposable des compléments alimentaires humains, afin de contribuer à la baisse des coûts supportés par les ménages; une exonération totale des droits et taxes de douane pour une durée de 24 mois sur les équipements et appareils médicaux, y compris leurs accessoires, ainsi que sur les matériels destinés à la production de l’eau potable. Dans le même ton, les équipements et outillages techniques importés pour l’enseignement professionnel, le développement des start-up et la production locale du bitume de pétrole sont exonérés de droits et taxes, même chose pour certains intrants dont le droit de douane a été réduit à 5 %, assorti d’une exonération de la TVA.
Outre les équipements destinés à la production locale des énergies solaire, éolienne et de la biomasse qui continuent de bénéficier d’une exonération totale des droits et taxes de douane. Les droits d’accises à l’importation des véhicules connaissent un réajustement, avec pour visée de limiter l’entrée de véhicules anciens sur le territoire national, tenant compte bien évidemment du pouvoir d’achat des contribuables.
Dans le volet dédié à la fiscalité intérieure, la loi de finances 2026 élargit l’assiette fiscale aux compagnies aériennes et maritimes étrangères, qui sont désormais soumises à l’impôt sur les sociétés. Par ailleurs, les entreprises numériques étrangères non résidentes et disposant d’un chiffre d’affaires d’au moins 50 millions FCFA ou d’un volume client de 1000 personnes sont soumises à un taux effectif de 3 % sur leurs revenus réalisés dans le pays. Plus encore, le taux de l’abattement applicable aux revenus exceptionnels est relevé de 25 % à 35 %, offrant un allègement fiscal supplémentaire aux contribuables concernés.
En dehors de l’instauration d’un crédit d’impôt en faveur des entreprises engagées dans l’insertion des jeunes diplômés, ainsi que le renforcement des avantages fiscaux accordés aux investissements réalisés dans les zones économiquement sinistrées. Les tarifs applicables aux vins et spiritueux sont révisés à la hausse, tandis qu’une TVA de 10 % est instauré pour l’acquisition et la location de logements sociaux, facilitant sur le coup l’accès à la première habitation pour les ménages.
Enfin, au rang des innovations budgétaires majeures, l’on note la création de dotations spécifiques pour les institutions constitutionnelles ; la suppression des chapitres communs au profit de dotations pour dépenses accidentelles et imprévisibles ; la mise en place d’un Fonds spécial de 50 milliards de FCFA pour l’autonomisation économique des femmes et la promotion de l’emploi jeune. L’application intégrale de la nomenclature budgétaire de l’État trouve une place de choix, une mesure qui vient renforcer la transparence et la lisibilité de l’action publique.



