Commerce Afrique–Chine : Une opportunité chinoise qui pourrait creuser les écarts entre économies africaines
La décision de la Chine de supprimer les droits de douane sur les produits importés d’Afrique à partir de mai 2026 est présentée comme une mesure favorable au développement du continent. Mais selon une analyse récente, ce dispositif pourrait profiter davantage aux économies africaines les plus industrialisées, laissant les pays les moins avancés face à leurs contraintes structurelles.

La Chine s’apprête à franchir une nouvelle étape dans ses relations commerciales avec l’Afrique. Pékin prévoit d’appliquer un régime d’importation sans droits de douane à l’ensemble des produits provenant des pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. L’entrée en vigueur de cette mesure est annoncée pour le 1er mai 2026. L’initiative avait été évoquée pour la première fois en 2025 dans un contexte de tensions sur le commerce international. Elle vise notamment à rééquilibrer les échanges entre la Chine et ses partenaires africains, largement dominés par les exportations chinoises. Toutefois, un pays restera exclu du dispositif : l’Eswatini, seul État africain entretenant encore des relations diplomatiques avec Taïwan.
Selon l’analyse publiée par la chercheuse Lauren Johnston dans la revue The Conversation, cette réforme commerciale pourrait produire des effets inattendus. Jusqu’à présent, seuls 33 pays africains classés parmi les pays les moins avancés bénéficiaient d’un accès préférentiel au marché chinois. Les économies africaines à revenu intermédiaire, comme South Africa, restaient soumises à des droits de douane parfois élevés sur plusieurs catégories de produits. La nouvelle politique supprime cette distinction et ouvre le marché chinois à tous les partenaires africains. Mais cette égalisation des conditions d’accès pourrait avantager les pays disposant déjà d’infrastructures solides, d’un tissu industriel développé et de meilleures capacités logistiques. Des économies comme Morocco, Kenya ou l’Afrique du Sud apparaissent ainsi mieux positionnées pour accroître rapidement leurs exportations vers la Chine.
Pour de nombreux pays africains les moins développés, la suppression des droits de douane ne suffira pas à lever les obstacles à l’exportation. Les difficultés liées à l’accès à l’électricité, aux infrastructures portuaires insuffisantes ou encore aux exigences de normes internationales continuent de freiner leur compétitivité. Dans ces conditions, la disparition de leur statut préférentiel pourrait même réduire leur avantage relatif dans le commerce avec la Chine. En d’autres termes, l’accès sans tarif au marché chinois ne garantit pas automatiquement une hausse des exportations pour ces économies.
Pour limiter les déséquilibres potentiels, l’étude suggère de renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales en Afrique.
L’idée consiste à répartir les différentes étapes de production entre plusieurs pays du continent selon leurs avantages économiques. Les nations les moins avancées pourraient ainsi fournir des matières premières ou certaines étapes de transformation, tandis que les économies plus industrialisées finaliseraient les produits destinés au marché chinois. Ce modèle permettrait non seulement d’améliorer la compétitivité des exportations africaines, mais aussi de renforcer l’intégration économique régionale. Dans ce scénario, la nouvelle politique commerciale chinoise pourrait devenir un levier pour structurer des chaînes de valeur africaines capables de mieux profiter de l’ouverture du marché chinois.



