Commerce extérieur : 757,4 milliards FCFA investis dans les machines importées, sans effet immédiat sur la performance productive
En 2025, le Cameroun a consacré 757,4 milliards de FCFA à l’achat de machines et d’équipements industriels à l’étranger, soit 14,5% de ses importations totales. Si ce niveau traduit la poursuite des investissements dans l’outil productif, il masque une fragilité persistante : la vétusté des équipements dans les entreprises continue de progresser, malgré la montée des achats, tandis que la Chine consolide sa position de premier fournisseur du pays.

Le Cameroun continue d’alimenter son effort d’industrialisation par des achats massifs d’équipements à l’international. En 2025, les machines mécaniques, électriques et autres appareils industriels ont absorbé 757,4 milliards de FCFA, représentant près de 15% de l’ensemble des dépenses d’importation du pays. Même si ce montant reste considérable, il affiche un repli de 3,7% par rapport à l’année précédente.
Cette légère baisse suggère un ralentissement après plusieurs exercices marqués par une forte demande, portée notamment par l’installation de nouvelles unités de transformation et l’extension des capacités de production dans l’agro-industrie, les matériaux de construction ou encore l’énergie. Derrière cette tendance, une réalité demeure : le tissu productif camerounais reste fortement dépendant des équipements importés pour soutenir sa modernisation.
Le paysage des fournisseurs connaît une mutation spectaculaire. En moins d’une décennie, la Chine s’est hissée au premier rang des partenaires du Cameroun sur le segment des machines industrielles. Sa part de marché, estimée à 23,8% en 2016, atteint désormais 52,5% en 2024. Autrement dit, plus d’un équipement industriel importé sur deux provient aujourd’hui du géant asiatique. À l’inverse, les fournisseurs européens voient leur influence s’éroder. Leur poids est passé de 50,1% à 32,3% sur la même période, malgré un environnement théoriquement favorable créé par les Accords de partenariat économique entre le Cameroun et l’Union européenne.
Ces accords, appliqués progressivement depuis 2016, prévoient pourtant un allègement tarifaire sur une large partie des produits européens, dont les machines et appareils industriels. Mais cet avantage douanier n’a pas suffi à enrayer la poussée chinoise, portée par des prix compétitifs, une disponibilité rapide et une offre adaptée aux besoins des industriels locaux.
L’augmentation des importations ne se traduit pas automatiquement par une amélioration de la productivité. C’est là que le paradoxe camerounais prend toute son ampleur. Selon les dernières données sur la santé financière et opérationnelle des entreprises, la proportion d’équipements en mauvais état continue de progresser. Elle est passée de 59,6% en 2022 à 60,1% en 2023, signe d’une dégradation persistante de l’outil de production.
Concrètement, six machines sur dix utilisées dans les entreprises présentent des dysfonctionnements ou une usure avancée. Cette situation s’explique en grande partie par les difficultés de maintenance, le coût élevé des pièces de rechange, l’insuffisance de techniciens spécialisés et le renouvellement encore trop lent des installations.
Les conséquences sont directes : ralentissement des chaînes de production, baisse des rendements, ruptures d’approvisionnement sur certains marchés et, dans les cas les plus critiques, recours au chômage technique.



