A la UneAgribusiness

Commerce extérieur : Le cacao prend la tête des exportations camerounaises et relègue le pétrole au second plan

Portée par la flambée des cours internationaux et par les progrès de la transformation locale, la filière cacao s’est hissée au premier rang des produits d’exportation du Cameroun en 2025. Une bascule historique dans un pays où le pétrole dominait depuis des décennies les entrées de devises. Si cette performance reste en partie liée à la conjoncture mondiale, elle révèle aussi une mutation plus profonde de l’appareil productif national.

Le paysage des exportations camerounaises a changé de visage en 2025. Pour la première fois, le cacao s’impose comme la première source de recettes à l’international, devant les huiles brutes de pétrole, longtemps installées au sommet. Les fèves ont représenté plus du quart des revenus tirés des ventes à l’étranger, tandis que le brut recule à un peu moins du quart. Derrière ces deux piliers figurent le gaz naturel liquéfié, mais aussi les produits semi-transformés issus du cacao, notamment la pâte et le beurre, dont le poids devient désormais significatif. Le bois transformé et le coton brut complètent le tableau des principales filières contributrices. Cette reconfiguration marque une rupture symbolique forte. Pendant plusieurs décennies, l’« or noir » a servi de boussole aux équilibres extérieurs du pays. Le cacao, lui, évoluait dans le peloton de tête sans jamais parvenir à inverser l’ordre établi. L’exercice 2025 change la donne.

L’ascension du cacao repose d’abord sur un puissant effet de prix. Le marché international a continué d’offrir des niveaux de valorisation exceptionnellement élevés, permettant au Cameroun d’accroître ses recettes malgré une base déjà très élevée en 2024. Après une envolée spectaculaire l’année précédente, la progression s’est poursuivie, alimentée par des prix unitaires à l’exportation toujours favorables. Cette dynamique a consolidé les revenus des opérateurs de la chaîne et renforcé la contribution du cacao aux réserves en devises. À l’inverse, la filière pétrolière a traversé une année plus difficile. La baisse des cours mondiaux s’est combinée à un recul des volumes expédiés, comprimant fortement les recettes. Le pétrole a ainsi subi un double choc, à la fois sur les prix et sur les quantités, ce qui explique son déclassement.

La nouveauté majeure tient toutefois à la progression des produits transformés. La pâte et le beurre de cacao occupent désormais une place stratégique dans les ventes extérieures, signe que la valeur ajoutée se déplace progressivement vers le territoire national. Depuis une dizaine d’années, plusieurs unités industrielles ont renforcé l’écosystème local de broyage. L’arrivée de nouveaux acteurs et l’extension des capacités existantes ont permis au pays de franchir un seuil symbolique : celui des 100 000 tonnes de fèves transformées sur place. Cette évolution redessine la position du Cameroun sur la carte mondiale du cacao. Le pays ne se contente plus d’exporter la matière première ; il gagne des parts de marché sur les segments intermédiaires de la chaîne, plus rémunérateurs et plus créateurs d’emplois.

La première place du cacao reste néanmoins fragile. Elle repose encore largement sur la fermeté des prix mondiaux, facteur par nature volatil. Un retournement du marché pourrait rapidement réduire l’écart avec le pétrole. Mais contrairement aux précédents cycles haussiers, la situation actuelle s’appuie aussi sur un socle plus durable : l’essor de la transformation locale. C’est sans doute dans cette industrialisation progressive que se joue la possibilité d’un leadership durable du cacao dans les exportations camerounaises. L’année 2025 pourrait ainsi rester comme celle d’un simple effet de cycle… ou comme le point de départ d’un basculement structurel de l’économie extérieure du Cameroun.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page