Conjoncture régionale : Pourquoi les prix reculent durablement dans l’UEMOA
Depuis l’été 2025, l’Union économique et monétaire ouest-africaine vit un épisode inédit de baisse continue des prix. Une combinaison de facteurs extérieurs, de conditions agricoles favorables et d’une demande intérieure encore timide explique ce retournement, sans garantir qu’il s’inscrive dans la durée.

La première clé se trouve hors des frontières de l’Union. En 2025, les marchés mondiaux ont changé de tempo : les matières premières se sont repliées après plusieurs années de flambée. Le baril de pétrole a perdu du terrain et, dans son sillage, les coûts de transport et d’énergie ont reculé. Les denrées alimentaires importées ont suivi la même trajectoire. Riz, sucre, lait ou huiles végétales se sont renégociés à des niveaux plus bas, ce qui a directement allégé la facture des ménages. Dans des économies où l’alimentation pèse lourd dans le panier de consommation, ce mouvement se reflète rapidement dans l’indice des prix.
À cette dynamique s’ajoute un mécanisme monétaire favorable. L’euro s’est renforcé face au dollar en 2025, entraînant le franc CFA dans son sillage. Pour les pays de l’UEMOA, cela signifie des importations réglées en dollars à moindre coût, notamment pour les hydrocarbures et certains produits alimentaires. Ce différentiel de change agit comme un amplificateur : la baisse des cours internationaux est transmise plus intensément aux marchés locaux.
Le troisième pilier est agricole. La dernière campagne a été jugée satisfaisante par les autorités monétaires, avec une progression notable des céréales. Une offre locale plus abondante limite les tensions sur les marchés intérieurs et contribue à la détente des prix des produits de base. Ce choc positif d’offre, combiné au reflux des prix importés, alimente la tendance déflationniste observée depuis mi-2025.
Pourtant, cette baisse générale ne signifie pas que l’activité s’emballe. L’inflation dite « sous-jacente », qui exclut les produits les plus volatils, reste proche de zéro. Autrement dit, hors alimentation fraîche et énergie, les prix stagnent. Les indicateurs d’activité montrent une économie qui avance sans accélérer franchement, dans le commerce comme dans les services. Le crédit au secteur privé progresse, mais à un rythme mesuré, insuffisant pour déclencher une forte reprise de la consommation.
Face à ce paysage contrasté, la Banque centrale a choisi la prudence. Les taux directeurs sont maintenus à leurs niveaux de mi-2025, l’institution privilégiant la stabilité financière dans un contexte de besoins budgétaires élevés. La déflation actuelle soulage temporairement le pouvoir d’achat, mais elle repose sur des facteurs largement externes. Un rebond des cours du pétrole ou des produits alimentaires pourrait rapidement inverser la courbe.
Si la croissance reste solide sur le papier, sa transmission à la demande intérieure demeure partielle. Le défi pour les économies de l’Union est désormais clair : transformer ce répit inflationniste en levier pour renforcer le financement du secteur privé et soutenir la consommation. À défaut, une déflation prolongée pourrait devenir le symptôme d’une activité insuffisamment dynamique. Entre opportunité conjoncturelle et fragilité structurelle, l’UEMOA aborde donc 2026 à un carrefour stratégique.



