Environnement

Conservation de la faune sauvage : Un nouveau recensement bouleverse les connaissances sans traduire un réel rebond

Un rapport de l’UICN publié le 27 novembre 2025 établit à 135 690 le nombre d’éléphants de forêt d’Afrique, soit une hausse apparente de 16 % par rapport à 2016. Une progression qui ne reflète pas un rebond biologique, mais une révolution méthodologique fondée sur l’analyse génétique des crottes. Malgré cette précision inédite, l’espèce reste classée en danger critique d’extinction et subit toujours des menaces multiples, allant de la perte d’habitat au braconnage. Des solutions existent, mais exigent une coordination renforcée.

L’UICN dévoile son tout premier rapport exclusivement consacré à l’éléphant de forêt, espèce désormais distinguée de l’éléphant de savane. Cette séparation taxonomique permet enfin d’éviter les confusions qui parasitaient les anciens comptages, notamment dans les zones où les deux espèces cohabitent, comme au Cameroun ou au nord du Gabon. La grande avancée vient toutefois de l’usage systématique de la méthode dite de capture-recapture spatiale fondée sur l’ADN extrait des crottes fraîches.

Les équipes ont quadrillé les forêts en mailles, collecté les excréments, identifié génétiquement chaque individu, puis estimé la population totale en analysant les recaptures. Cette approche, largement déployée au Gabon, a permis de réviser à la hausse les effectifs nationaux et de corriger les estimations antérieures jugées incertaines. En Ouganda, par exemple, 96 éléphants ont été identifiés à Bwindi, contre 43 en 2016.

Les chercheurs ont également amélioré la méthode traditionnelle de comptage des crottes en intégrant un taux de décomposition standardisé. Plusieurs inventaires anciens ont ainsi été recalibrés, comme dans le paysage Ndoki-Likouala au Congo. Dans les zones difficiles d’accès, les pièges photographiques ont affiné les cartes de répartition, révélant parfois une fragmentation sévère, comme en Guinée équatoriale.

Une espèce toujours au bord du gouffre

Malgré ces chiffres révisés, l’éléphant de forêt reste en danger critique d’extinction. Le rapport souligne que le Gabon abrite 66 % de la population totale et le Congo 19 %, tandis que l’Afrique de l’Ouest ne conserve que des groupes isolés représentant à peine 3 à 5 % des effectifs. La principale menace est désormais la perte et la fragmentation de l’habitat, due à l’expansion agricole, aux mines, aux routes et aux infrastructures.

Au Libéria, par exemple, les éléphants ne survivent plus que dans deux blocs forestiers menacés par les plantations et l’orpaillage artisanal. Ces ruptures écologiques provoquent une augmentation des conflits homme-éléphant, les animaux cherchant nourriture et passages dans les zones agricoles. Si le braconnage pour l’ivoire montre une tendance à la baisse depuis 2018, l’UICN rappelle que la situation reste instable et varie selon les sites. Dans certaines zones transfrontalières, comme le complexe W–Arly–Pendjari, l’insécurité armée entrave les patrouilles et fragilise les populations.

Des pistes d’action fondées sur la coopération

Le rapport s’inscrit dans le cadre du Plan d’action pour l’éléphant d’Afrique (AEAP), révisé en 2022, et insiste sur la nécessité d’une approche continentale. Les auteurs préconisent de travailler avec les communautés locales et d’utiliser des données actualisées pour guider les politiques publiques.

Au Cameroun, le professeur Martin Tchamba plaide pour des plans d’action nationaux dédiés à chaque pays de l’aire de répartition, avec une priorité accordée à la gestion des conflits homme-éléphant. Il recommande de renforcer la communication autour de la coexistence, de structurer la sensibilisation, mais aussi de lutter plus efficacement contre le braconnage transfrontalier.

L’expert estime par ailleurs que l’écotourisme centré sur l’éléphant pourrait devenir une source de revenus durable pour les communautés riveraines des aires protégées. Le WWF travaille déjà à un plan d’action sur dix ans, fondé sur le cadre de la CITES, pour renforcer la protection de l’éléphant de forêt au Cameroun, au Gabon, en RDC et au Congo.

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