Coton : La baisse des cours mondiaux met la filière camerounaise sous pression
La chute prolongée des prix du coton sur le marché international fragilise l’économie cotonnière au Cameroun. Entre concurrence accrue des grands producteurs, faibles rendements agricoles et difficultés sécuritaires dans les zones de production, l’« or blanc » traverse une période d’incertitude. Face à cette situation, les acteurs du secteur plaident pour un soutien public tout en accélérant les projets de transformation locale.

Dans les régions septentrionales du Cameroun, cœur de la production cotonnière nationale, la conjoncture mondiale se répercute directement sur l’activité agricole et industrielle. Depuis plus d’un an, les cours de la fibre de coton évoluent à la baisse sur les marchés internationaux, réduisant les marges des différents acteurs de la chaîne. La fibre se négocie actuellement autour de 890 FCFA le kilogramme, un niveau considéré comme insuffisant pour couvrir les coûts de production. Cette situation place les égreneurs africains dans une position financière délicate, plusieurs opérateurs indiquant travailler avec des marges négatives. Pour les spécialistes du secteur, cette tendance constitue une singularité sur le marché des matières premières agricoles. Contrairement à d’autres produits dont les prix se sont redressés après la pandémie, le coton reste en dessous de ses niveaux d’avant-crise sanitaire.
La pression sur les prix s’explique en grande partie par l’évolution du marché mondial. Ces dernières années, plusieurs puissances agricoles ont considérablement renforcé leur présence dans l’exportation de coton. Le Brésil, notamment, s’est hissé au rang de premier exportateur mondial lors de la campagne 2024-2025 avec près de cinq millions de tonnes expédiées. Aux côtés des États-Unis, de l’Inde ou encore de l’Australie, le pays bénéficie d’une agriculture fortement mécanisée et de rendements très élevés. La productivité atteint environ 1 900 kg de fibre par hectare au Brésil, alors qu’elle tourne autour de 670 kg par hectare au Cameroun. Cet écart structurel rend le coton africain moins compétitif face aux grandes exploitations agricoles industrialisées.
Au-delà de la concurrence internationale, la filière camerounaise doit également composer avec plusieurs contraintes internes. La campagne 2024-2025 illustre ces fragilités : la production nationale de coton graine a atteint 284 000 tonnes, loin de l’objectif initial fixé à 360 000 tonnes. Les producteurs évoquent notamment les effets cumulés des aléas climatiques, entre inondations, épisodes de sécheresse et attaques de ravageurs qui ont affecté les rendements. Les coûts de production constituent une autre source de pression. La hausse du prix des intrants agricoles et les retards dans leur distribution compliquent la préparation des campagnes. Dans certains cas, les agriculteurs endettés se retrouvent contraints de vendre du bétail ou des produits vivriers afin de rembourser leurs crédits. À ces difficultés économiques s’ajoutent des problèmes de sécurité dans certaines zones rurales, où les enlèvements contre rançon poussent des familles à quitter leurs villages, réduisant la main-d’œuvre agricole disponible.
Face à cette accumulation de défis, les organisations professionnelles tirent la sonnette d’alarme. Réunis récemment lors d’une rencontre de l’Association cotonnière africaine, les acteurs de la filière ont appelé les autorités à renforcer leur appui afin de préserver les revenus des petits producteurs. L’un des enjeux majeurs consiste à garantir le prix d’achat du coton graine fixé au début de chaque campagne. Lors de la saison 2023-2024, ce prix était de 310 FCFA/kg pour le premier choix et 285 FCFA/kg pour le second. Parallèlement, les organisations paysannes anticipent déjà la prochaine campagne agricole. Plus de 52 000 tonnes d’intrants ont été commandées pour un montant estimé à 40 milliards de FCFA, afin d’assurer la préparation des cultures.
Au-delà des mesures d’urgence, les acteurs du secteur plaident pour une transformation structurelle de la filière. Aujourd’hui, la quasi-totalité du coton camerounais est exportée sous forme de fibre brute, ce qui limite la création de valeur locale. Dans le même temps, le pays importe chaque année pour près de 100 milliards de FCFA de textiles et de vêtements de seconde main. Pour inverser cette tendance, des projets industriels sont en préparation. Une unité de confection ainsi qu’un centre de formation devraient être construits à Garoua, tandis qu’un pôle textile intégrant filature, tissage et teinture est envisagé dans la zone industrielle de la Dibamba, à Douala. L’ambition est de transformer progressivement jusqu’à un quart de la production nationale, afin de renforcer l’industrie textile locale et réduire la dépendance aux importations.
Les enjeux de la filière coton dépassent désormais le cadre national. Plusieurs organisations internationales s’intéressent au développement de la chaîne de valeur coton-textile en Afrique. À l’approche d’une conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce prévue à Yaoundé, une rencontre de haut niveau doit notamment explorer les perspectives d’investissement dans ce secteur stratégique. L’initiative vise à mobiliser cinq milliards de dollars d’investissements sur dix ans, avec l’objectif de générer des milliards de dollars de valeur ajoutée et de créer près de 500 000 emplois dans la région, en particulier pour les jeunes et les femmes.



