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Déficit commercial : La facture extérieure du Cameroun s’alourdit à 2 145 milliards FCFA en 2025

Le déséquilibre des échanges extérieurs du Cameroun s’est nettement creusé en 2025. Entre le reflux des recettes tirées des hydrocarbures, la forte dépendance aux importations industrielles et pharmaceutiques, et une structure d’exportations toujours concentrée sur quelques matières premières, le pays voit son déficit commercial franchir un nouveau palier. Malgré la bonne tenue du cacao, l’économie reste exposée aux secousses des marchés mondiaux.

Le commerce extérieur camerounais a terminé l’année 2025 sur une note plus lourde que prévu. Le déficit commercial atteint 2 145,2 milliards de FCFA, contre 1 747,3 milliards un an plus tôt, soit une aggravation de près de 23 %. En valeur absolue, le trou se creuse de 398 milliards de FCFA, signe d’un déséquilibre plus prononcé entre les achats à l’étranger et les ventes de produits camerounais. Cette détérioration reflète un double mouvement : des importations toujours soutenues et des exportations en repli, notamment dans le segment énergétique. Hors pétrole brut, le déficit grimpe encore davantage, dépassant 2 850 milliards de FCFA. Sans le pétrole et le gaz naturel, il franchit même la barre des 3 157 milliards. Le recul du taux de couverture, passé de 65,1 % à 59 %, illustre cette fragilité : les exportations ne suffisent plus à financer que 59 % des importations du pays.

La facture des importations s’établit à 5 229,2 milliards de FCFA, en progression de 4,6 %. Les achats restent dominés par les produits minéraux, qui représentent près d’un cinquième des dépenses extérieures. Les carburants et lubrifiants en constituent la plus grande part, même si leur coût a diminué par rapport à l’année précédente. Autre poste majeur : les machines et équipements mécaniques et électriques, qui absorbent 757,4 milliards de FCFA. Ce niveau confirme la dépendance du tissu productif national aux équipements importés.

Les produits chimiques, eux, poursuivent leur ascension. Leur valeur atteint 548 milliards de FCFA, portée par les besoins en médicaments, intrants industriels et pesticides. Cette poussée traduit à la fois les exigences du secteur sanitaire et celles de l’agriculture moderne. Du côté des denrées végétales, un léger mieux apparaît. Les importations de céréales reculent sensiblement, sous l’effet d’une baisse des achats de riz et de blé. Cette évolution pourrait refléter les premiers résultats des politiques de substitution aux importations alimentaires.

Les exportations, en revanche, se contractent à 3 084 milliards de FCFA, soit un recul de 5,2 %. Le principal choc provient de la chute des revenus pétroliers : les ventes de brut reculent de près de 30 %, affectées à la fois par la baisse des volumes et par des prix moins favorables sur le marché international. Le gaz naturel liquéfié suit la même trajectoire baissière, réduisant davantage les recettes en devises. Dans ce paysage assombri, le cacao joue le rôle d’amortisseur macroéconomique. Les exportations de fèves bondissent à 810,2 milliards de FCFA, soutenues par la fermeté des cours mondiaux. À cela s’ajoutent les performances de la pâte et du beurre de cacao, qui renforcent la contribution de la filière à l’économie nationale.

La structure des exportations camerounaises demeure fortement concentrée. Le cacao, le pétrole brut et le gaz naturel liquéfié continuent de représenter l’essentiel des recettes, loin devant le bois ou le coton. Cette spécialisation expose le pays à une sorte de yo-yo commercial, suspendu aux variations des cours internationaux. Tant que la diversification industrielle et la transformation locale des matières premières resteront limitées, le Cameroun conservera une marge de manœuvre étroite face aux chocs externes. En filigrane, les chiffres de 2025 rappellent une urgence : renforcer la production locale, accélérer la transformation industrielle et élargir la base exportatrice pour éviter que le déficit commercial ne devienne une cicatrice structurelle de l’économie.

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