Déforestation : Industriels et ONG pressent Bruxelles de ne plus retoucher la loi
À quelques semaines d’un réexamen clé, un large front d’entreprises et d’organisations appelle la Commission européenne à stabiliser le cadre réglementaire sur les produits liés à la déforestation. Entre impératifs climatiques et contraintes économiques, l’année 2026 s’annonce décisive.

Un attelage inhabituel mêlant multinationales de l’agroalimentaire et ONG environnementales a décidé de hausser le ton. Dans un courrier adressé à Jessika Roswall, ces acteurs exhortent Bruxelles à ne pas rouvrir une nouvelle fois le chantier de la réglementation européenne sur les produits issus de la déforestation.
Parmi les signataires figurent des groupes majeurs comme Nestlé, Danone ou encore Barry Callebaut. Tous redoutent qu’une troisième révision du texte ne fragilise davantage un cadre déjà marqué par les reports et ajustements successifs.
Adoptée en 2023, la législation vise à interdire l’entrée sur le marché européen de produits tels que le cacao, le café ou le soja issus de terres récemment déboisées. Mais sa mise en œuvre a été plusieurs fois repoussée sous la pression de partenaires commerciaux et de certains États membres. Initialement prévue pour 2024, son application est désormais étalée jusqu’à fin 2026 pour les grandes entreprises, et mi-2027 pour les plus petites structures. Ce calendrier étiré reflète les difficultés d’adaptation des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Pour les signataires du courrier, une nouvelle modification serait synonyme d’incertitude prolongée. Beaucoup affirment avoir déjà engagé des investissements importants pour se conformer aux exigences de traçabilité. Selon eux, rouvrir le texte risquerait d’éroder la confiance envers les engagements européens et de compliquer les relations avec les pays producteurs. Ils plaident plutôt pour des clarifications techniques, via des lignes directrices et des outils pratiques, plutôt qu’un remaniement législatif.
Fait notable, certaines ONG partagent cette position, bien qu’elles reconnaissent les limites du dispositif actuel. Leur inquiétude porte sur un possible affaiblissement des ambitions environnementales si le texte venait à être édulcoré. L’enjeu est de taille : la consommation européenne est associée à environ 10 % de la déforestation mondiale. La réglementation est donc perçue comme un levier majeur pour responsabiliser les chaînes de valeur internationales.
Du côté des pays africains, le calendrier européen est suivi de près. Les reports successifs ont offert un délai précieux pour renforcer les systèmes de traçabilité et structurer les filières agricoles. Mais une nouvelle incertitude pourrait compliquer les efforts engagés, notamment pour les petits producteurs, qui restent au cœur du dispositif. Leur capacité à fournir des données fiables conditionne en grande partie l’efficacité de la réforme.
Le réexamen attendu en avril s’inscrit dans une clause prévue par le texte lui-même, visant à identifier des pistes de simplification. Derrière cet exercice technique se joue en réalité l’équilibre entre ambition écologique et faisabilité économique. Dans ce bras de fer discret mais stratégique, l’Union européenne devra trancher : ajuster encore son dispositif ou consolider définitivement une réglementation appelée à devenir une référence mondiale.



