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Dette publique et intégration financière : Le marché obligataire de l’UEMOA à l’heure du grand test

Arrivé à maturité opérationnelle, le marché régional des titres publics de l’UEMOA est devenu l’outil central de financement des États. Mais face à l’ampleur croissante des besoins budgétaires, ses faiblesses structurelles, notamment sur le marché secondaire, imposent désormais un changement de dimension.

En l’espace d’une dizaine d’années, les États de l’UEMOA ont profondément modifié leurs sources de financement. Le recours au marché régional des titres publics en monnaie locale s’est imposé comme la norme. Lors de l’ouverture des 8ᵉ Rencontres du marché des titres publics à Lomé, les responsables de la BCEAO, d’UMOA-Titres et du gouvernement togolais ont dressé un constat partagé : le mécanisme fonctionne et s’est institutionnalisé.

Les chiffres traduisent cette montée en puissance. L’encours des titres publics émis par adjudication représente aujourd’hui près de 15 % du PIB régional, contre moins de 6 % en 2014. En 2025, les émissions ont permis de lever près de 12 000 milliards FCFA, confirmant le rôle stratégique du marché dans le financement des budgets nationaux. Pour plusieurs pays, comme le Togo, il couvre une part majeure, parfois quasi totale, des besoins annuels de trésorerie.

Ce développement rapide met toutefois en lumière les fragilités du système. Le marché primaire, où les États émettent leurs titres, est désormais bien rodé. En revanche, le marché secondaire, où ces titres s’échangent entre investisseurs, demeure étroit. Malgré une amélioration du volume des transactions, la liquidité reste insuffisante pour garantir une formation des prix fluide et crédible. Cette faiblesse n’est pas anodine. Sans un marché secondaire profond, les obligations souveraines peinent à jouer pleinement leur rôle de référence financière. Les courbes de taux sont instables, l’allongement des maturités devient risqué, et la confiance des investisseurs peut se fragiliser. Autrement dit, la question n’est plus seulement de lever des fonds, mais de le faire durablement sans déséquilibrer l’ensemble du système financier.

Autre transformation notable : le profil des détenteurs de la dette évolue. Longtemps concentré dans les bilans bancaires, le risque souverain commence à se diffuser vers l’épargne longue. Assurances, fonds de pension et épargnants individuels prennent progressivement le relais. Cette évolution est favorisée par l’extension de l’inclusion financière, qui a fait passer le taux d’accès aux services financiers à près de 75 % dans l’Union. Les banques jouent désormais davantage un rôle d’intermédiaires, collectant l’épargne pour la réinvestir en titres publics. En un an, les encours détenus pour le compte de clients ont plus que doublé, tandis que ceux conservés directement par les établissements bancaires ont progressé beaucoup plus modestement.

Pour accompagner ce changement d’échelle, les autorités misent sur la modernisation des infrastructures. La nouvelle plateforme électronique de cotation du marché secondaire illustre cette volonté de transparence et de fluidité des échanges. Elle doit faciliter la visibilité des prix et réduire les coûts de transaction. Mais les responsables monétaires insistent : la technologie ne remplacera pas les règles du jeu. La liquidité ne naîtra pas sans pratiques de cotation rigoureuses, sans prévisibilité des émissions et sans communication claire des États sur leurs trajectoires budgétaires. La crédibilité des signatures souveraines reste le socle du système.

Le marché des titres publics de l’UEMOA n’est plus un chantier expérimental : il est devenu un instrument de souveraineté financière. Toutefois, l’augmentation continue des besoins de financement impose une nouvelle étape. L’enjeu n’est plus de prouver que le marché existe, mais de démontrer qu’il peut absorber des volumes croissants sans fragiliser l’économie régionale. À Lomé, le message est apparu sans détour : l’heure est venue de passer d’un marché fonctionnel à un marché profond. Une mue délicate, mais incontournable, pour soutenir durablement les ambitions budgétaires et économiques de l’Union.

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