Diplomatie économique : Le Botswana regarde vers Moscou pour sécuriser l’avenir de son industrie minière
Chahuté par la baisse des cours du diamant et la concurrence des pierres synthétiques, le Botswana amorce un tournant stratégique. Gaborone envisage l’ouverture d’une ambassade en Russie afin de renforcer ses partenariats miniers et attirer de nouveaux investisseurs, notamment dans les terres rares.

Le Botswana s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa diplomatie économique. Les autorités du pays d’Afrique australe étudient l’ouverture prochaine d’une ambassade à Moscou, une décision qui s’inscrit dans une volonté affirmée de diversification des alliances économiques et industrielles. L’annonce a été faite début janvier par le ministre des Affaires étrangères, Phenyo Butale, lors d’un entretien accordé à l’agence russe TASS. Selon le chef de la diplomatie botswanaise, le projet est déjà à un stade avancé de réflexion. Il nécessite toutefois une mobilisation financière et administrative préalable. Des échanges ont d’ores et déjà eu lieu entre les deux parties, laissant entrevoir une concrétisation à moyen terme.
Cette initiative diplomatique répond avant tout à des considérations économiques. Le Botswana, premier producteur africain de diamants, reste fortement dépendant de cette ressource, qui contribue à hauteur d’environ 25 % du produit intérieur brut et représente près d’un tiers des recettes fiscales. Or, le secteur traverse une zone de turbulences marquée par un recul de la demande mondiale et l’essor des diamants de synthèse. Dans ce contexte, la Russie apparaît comme un partenaire de choix. Premier acteur mondial du diamant, elle dispose d’une expertise reconnue aussi bien dans l’exploitation à grande échelle que dans les chaînes de transformation industrielle. Gaborone espère ainsi bénéficier du savoir-faire russe pour renforcer la valeur ajoutée locale et moderniser ses projets miniers.
Au-delà du diamant, le Botswana cherche à attirer des capitaux et des compétences russes dans d’autres segments stratégiques, notamment celui des terres rares. Ces minerais critiques, indispensables aux technologies de pointe et à la transition énergétique, figurent désormais parmi les priorités des autorités botswanaises. Les discussions sur ce sujet ont été évoquées lors d’échanges entre Phenyo Butale et son homologue russe, Sergueï Lavrov, illustrant l’élargissement du dialogue bilatéral à des secteurs à fort potentiel.
Ce repositionnement diplomatique s’inscrit dans une stratégie économique plus large. En octobre dernier, le gouvernement a dévoilé son 12ᵉ Plan national de développement (NDP 12), un programme quinquennal doté de 388 milliards de pulas, soit environ 28,5 milliards de dollars. Le plan met l’accent sur les infrastructures de transport, l’eau et le logement, avec pour objectif de réduire la vulnérabilité de l’économie face aux chocs sectoriels. En se tournant vers Moscou, le Botswana cherche ainsi à élargir son horizon économique et à poser les jalons d’un nouveau modèle de croissance, moins dépendant du diamant et davantage arrimé aux industries d’avenir.



