Diplomatie économique : Malgré l’ombre de l’AGOA, Yaoundé ravive la piste des capitaux américains
Réunis à Yaoundé à l’initiative de l’American Chamber of Commerce in Cameroon, responsables publics, diplomates et opérateurs économiques ont relancé le débat sur l’attractivité du Cameroun auprès des investisseurs américains. Au-delà de la suspension du pays du régime préférentiel AGOA, les échanges ont mis en lumière un enjeu plus profond : rendre l’environnement des affaires plus clair, plus fiable et mieux structuré pour transformer l’intérêt en projets industriels concrets.

À la faveur d’un déjeuner d’affaires organisé le 26 mars dans la capitale, l’AmCham Cameroon a voulu repositionner le Cameroun dans le radar du secteur privé américain. L’objectif affiché n’était pas seulement de promouvoir le pays comme destination commerciale, mais de bâtir une passerelle plus directe entre décideurs économiques des deux pays. Cette initiative intervient alors que le Cameroun demeure écarté de l’AGOA, le mécanisme américain qui facilite l’accès de certains produits africains au marché des États-Unis. Pour les promoteurs de la rencontre, cette absence ne doit cependant pas être perçue comme un verrou définitif, mais plutôt comme une invitation à explorer d’autres leviers de coopération, notamment l’investissement productif et les partenariats industriels.
Le message porté par les milieux d’affaires est limpide : le Cameroun doit cesser d’être vu comme un simple marché de consommation. L’ambition est désormais d’attirer des groupes capables de produire localement, de transformer les matières premières sur place et d’intégrer davantage de contenu local dans les chaînes de valeur. Cette orientation épouse les priorités nationales de transformation structurelle de l’économie. Industrie, mines, services et valorisation des minerais stratégiques figurent parmi les segments les plus susceptibles d’intéresser les capitaux américains, à condition que les projets soient lisibles et accompagnés d’un cadre stable.
Le principal obstacle relevé par les partenaires américains reste moins le manque d’opportunités que leur faible visibilité. Pour de nombreux investisseurs, les procédures d’implantation, les régimes fiscaux applicables, les exigences douanières et l’identification des bons interlocuteurs demeurent encore trop complexes. Cette zone de brouillard administratif pèse sur la prise de décision. D’où l’insistance des acteurs économiques sur la nécessité de renforcer la transparence, la sécurité juridique et surtout l’exécution effective des contrats, éléments décisifs dans l’arbitrage des investissements internationaux.
Au-delà des rencontres institutionnelles, le véritable enjeu pour Yaoundé sera de convertir cette dynamique diplomatique en engagements financiers mesurables. La relance de l’intérêt américain passera moins par les déclarations d’intention que par la capacité du pays à offrir un cadre prévisible, compétitif et rassurant. Privé du levier symbolique de l’AGOA, le Cameroun tente ainsi de jouer une partition plus subtile : celle d’une diplomatie économique tournée vers l’industrie, l’emploi et la valeur ajoutée locale. Une stratégie ambitieuse, dont la réussite dépendra de la crédibilité des réformes promises.



