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Douala et Yaoundé : Près de 857 milliards FCFA de projets pour transformer les ordures en énergie

Le gouvernement camerounais explore de nouvelles solutions pour faire face à la crise persistante des déchets dans les grandes villes. Deux protocoles d’accord signés avec Thermosun Cameroun et Blue Energy Holding envisagent plus de 856 milliards FCFA d’investissements pour convertir les déchets urbains en énergie et en ressources économiques. Mais entre annonces et réalisation industrielle, plusieurs défis restent à relever.

La stratégie camerounaise de gestion des déchets urbains pourrait connaître un tournant majeur. Le 12 mars 2026 à Yaoundé, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, a paraphé deux mémorandums d’entente avec les entreprises Thermosun Cameroun et Blue Energy Holding. Ces accords ouvrent la voie à des investissements potentiels estimés à près de 856,8 milliards FCFA, destinés à développer des unités industrielles de valorisation des déchets dans les deux principales métropoles du pays, Douala et Yaoundé. Les projets s’inscrivent dans le prolongement des réflexions engagées lors des états généraux consacrés à la gestion des déchets urbains organisés en mai 2025. À l’époque, les autorités avaient déjà tiré la sonnette d’alarme face à l’insalubrité croissante observée dans plusieurs centres urbains.

Des villes confrontées à une pression croissante des déchets

La problématique des ordures reste particulièrement aiguë dans les deux capitales économique et politique du pays. À Douala, la production quotidienne de déchets est évaluée à environ 2 700 tonnes, un volume qui exerce une forte pression sur les capacités de collecte et de traitement existantes. La Communauté urbaine de Douala a inscrit environ 7 milliards FCFA dans son budget 2026 pour la gestion des déchets, tout en confiant à l’entreprise Genelcam un marché d’un peu moins d’un milliard de FCFA pour renforcer la collecte. À Yaoundé, la situation n’est guère plus simple. Fin 2024, l’opérateur Hysacam s’est vu attribuer trois lots d’un marché de collecte dépassant 45 milliards FCFA, tandis qu’un quatrième lot n’a pas trouvé preneur, illustrant les difficultés à stabiliser durablement le dispositif de gestion.

Thermosun mise sur la valorisation énergétique

Le premier projet industriel est porté par Thermosun Cameroun. L’entreprise prévoit la construction de deux unités de transformation des déchets, l’une à Douala et l’autre à Yaoundé, pour un investissement estimé à 276,8 milliards FCFA. Ces installations auraient pour mission de convertir les déchets ménagers en plusieurs ressources : biogaz, électricité, hydrogène et compost. Selon les projections communiquées par les promoteurs, les sites pourraient collecter jusqu’à 1 500 tonnes de déchets par jour, dont environ 833 tonnes seraient effectivement traitées. La technologie envisagée proviendrait de la société Smargine Engineering, même si les modalités de financement et le calendrier de réalisation restent encore à préciser.

Blue Energy envisage un dispositif plus large

Le second protocole d’accord, signé avec Blue Energy Holding, porte sur un projet encore plus ambitieux. L’investissement global annoncé atteint 580 milliards FCFA et prévoit également la construction de deux unités de traitement dans les capitales économique et politique. Le groupe indique qu’environ 30 % du financement, soit près de 174 milliards FCFA, pourrait être apporté par l’État camerounais, sans que les modalités de cette contribution aient été détaillées pour l’instant. Selon les projections, les installations pourraient traiter jusqu’à 3 000 tonnes de déchets par jour et produire environ 912 GWh d’électricité par an, destinée notamment à alimenter les réseaux urbains et les futurs systèmes de bus rapides (BRT) envisagés dans les deux villes. Le programme comprend également la mise en circulation de 600 bus écologiques, une flotte de 1 000 camions fonctionnant au biogaz, ainsi que l’installation de 10 000 bacs à ordures pour encourager le tri des déchets.

Un financement encore à sécuriser

Malgré ces ambitions, la concrétisation de tels projets soulève plusieurs interrogations. Les ressources actuellement mobilisées dans la filière restent modestes au regard des montants annoncés. Les recettes issues de la taxe sur les ordures ont ainsi généré 60,6 milliards FCFA entre 2020 et 2022, soit un peu plus de 20 milliards FCFA par an pour l’ensemble du pays. À Yaoundé, certaines estimations indiquent qu’au moins 15 milliards FCFA par an seraient nécessaires pour assurer correctement la collecte des déchets. Dans ce contexte, la réussite de ces initiatives dépendra de la capacité des autorités et des partenaires privés à sécuriser les financements, à maîtriser les technologies choisies et à coordonner ces projets avec les opérateurs déjà actifs dans la collecte.

De la signature des accords à la réalité industrielle

Pour l’instant, les deux initiatives en sont encore au stade d’intention. Or, l’expérience montre que la transition entre protocole d’accord et mise en service d’infrastructures industrielles peut s’avérer longue et complexe. Si elles aboutissent, ces initiatives pourraient toutefois transformer un problème urbain majeur en levier énergétique et économique pour les grandes villes camerounaises. Reste désormais à franchir l’étape décisive : passer des promesses d’investissement à la construction effective d’usines capables de valoriser durablement les déchets urbains.

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