ConjonctureFinances publiques

Douanes Camerounaise : Fongod Edwin Nuvaga, Une décennie de réformes et recettes

Porté à la Direction Générale des Douanes en octobre 2015, le major de l’ENAM, promotion 1989 aura déjoué tous les pronostics face à des contraintes à la fois internes et externes. Innovation technologique ; rationalisation des contrôles douaniers ; contractualisation des relations avec le secteur privé ; promotion des régimes économiques douaniers… Entre hausse de la collecte, contribution stratégique à l’économie nationale et lutte contre les menaces émergentes, la touche magique du natif de Bali-Nyonga dans le département de la Mezam, Région du Nord-Ouest continue de structurer la douane camerounaise depuis dix ans.

Dans le but d’atteindre des résultats significatifs, l’ancien inspecteur de visite à Douala Port 2 (1989-1993) a misé sur un slogan gagnant : la douane numérique. Au-delà de consolider le bilan élogieux de Minette Libom Li Likeng qui a fait passer la recette douanière de 443,4 milliards FCFA en 2008 à 678,1 milliards en 2015. Fongod Edwin Nuvaga s’est donné pour mission d’optimiser la collecte tout en contournant toute instabilité engendrée par les prémices de la crise dans les régions anglophones ; l’entrée en vigueur depuis le 04 août des APE ; le conflit contre Boko Haram, sans dissocier la corruption galopante tel que décrié par la Commission Nationale Anti-corruption dans son rapport de 2016.

De 2016 à 2025, de nombreuses réformes ont vu le jour au sein de l’administration
douanière. Au titre de simplification des procédures l’on note : la finalisation du statut
d’Opérateur Economique Agréé ; le maillage national du paiement électronique des droits et taxes de douane ; l’extension des plateformes de paiement électronique à tous les acteurs de la chaîne logistique nationale ; la mise en place de la facilité dite « circuit vert » aux opérateurs à fort potentiel de recettes et ceux présentant un risque faible ; la mise en œuvre de la procédure de 100% scanning et la réduction des inspections intrusives, sources de renchérissement des coûts et des délais de passage ; l’implémentation du formulaire unique (e-Force) pour les opérations d’importation et d’exportation ; le renforcement de la démarche partenariale avec les autres structures de la chaine logistique et le secteur à travers la signature des contrats de partenariat et le Forum Douanes-Entreprises.

A ce sujet l’on peut relever les protocoles Douanes/ENEO pour la lutte contre le commerce illicite des matériels électriques ; Douanes/Université de Bamenda sur la coopération en ; matière de formation et de recherche sur les questions relatives aux programmes sur le transport et la logistique ; Douanes/GUCE pour les modalités de liquidation, de recouvrement et de reversement des frais de facilitation et de suivi de dossier électronique du GUCE (e-Force) ; Douanes/PAD pour la création, l’organisation et le fonctionnement du comité bipartite permanent de concertation ; Douanes/LAGA pour la protection des espèces de faune et de flore menacées d’extinction ; avec l’Agence de Régulation des Marchés Publics, pour une pleine visibilité sur la conclusion et l’exécution des marchés publics; Douanes/Agence
Nationale de Radioprotection pour la lutte contre les déchets radioactifs
; Douanes/USCODA pour la fluidité des opérations du commerce extérieur à travers le renforcement de la collaboration avec les Commissionnaires en Douane Agréés.

En matière de dématérialisation des procédures, plusieurs réformes sont visibles avec une priorisation de la digitalisation et l’automatisation des procédures et des contrôles. Sous ce prisme on citera : l’opérationnalisation de CAMCIS, tout nouveau système d’information totalement dématérialisé qui prend en compte tous les régimes douaniers dans un environnement sans papier. Initiative qui présente une plus-value à diverses échelles avec notamment le transfert de connaissance aux informaticiens camerounais (surtout la maîtrise et la propriété des codes sources) ; le dépôt anticipé du manifeste et une meilleure sécurisation de la prise en charge ; le dédouanement en ligne à 100% ; une offre de données adaptée à chaque profil ; la gestion du perfectionnement actif et passif ; une meilleure gestion des régimes suspensifs et économiques …etc.

Outre la digitalisation des contrôles des véhicules et des marchandises conteneurisées par le développement l’application COSMOS qui permet sur simple scanning des références du châssis ou de numéro de conteneur de détecter les cas de fraude et de contrebande. En 10 ans, l’on ajoute l’utilisation des kits de détection des fausses vignettes sur les produits manufacturés. Cette réforme de la vignette sécurisée s’est enrichie de l’utilisation des kits de détection. Grâce à cet instrument, plusieurs cas de détection de fausses vignettes ont été réalisés. Et des réseaux de mutation de vignettes ont été découverts. Plus près des réformes ; l’on note aussi l’opérationnalisation du Système de gestion des quittanciers douaniers (SYQUIDO) qui renforce la traçabilité des quittanciers ; la lutte contre l’utilisation des faux quittanciers pour la couverture des opérations de fraude et de contrebande, la facilitation de la comptabilité, l’évasion ou la transhumance des quittanciers originaux.

Des milliards collectés au titre de recettes douanières

Sous l’effet conjugué d’une maestria managériale, greffé à la mise en place des réformes évoquées en amont. Appelé à collecter plus de 9000 milliards de FCFA en 10 ans, Fongod Edwin Nuvaga va prendre ses marques et sécuriser plusieurs milliards de FCFA de recettes douanières. Pilier essentiel de la chaîne budgétaire, la contribution de la Direction Générale des Douanes au financement du budget de l’Etat n’a cessé d’augmenter au fil des années, aussi bien en termes d’objectifs que des recettes comptabilisées dans les caisses publiques.  Une analyse comparative des données consolidées sur la décennie montre que les prévisions des recettes douanières sont passées de 692,7 milliards de FCFA en 2015 à 1136,2 milliards FCFA en 2025, soit une hausse de 443,5 milliards de FCFA. Les recettes douanières mobilisées, quant à elles, sont passées 678,1 milliards de FCFA en 2015 à 1055,9 milliards de FCFA en 2024, soit une progression de 378,2 milliards de FCFA.

De façon détaillée, et malgré une baisse de 30 % des importations au 1er trimestre 2016, le lauréat du « Prix de l’innovation pour les initiatives exceptionnelles impactant sur l’image de la Douane » va faire progresser les recettes douanières de 25 % pour les hisser à 683,8 milliards de FCFA, 5,7 milliards de plus par rapport à 2015. Cette tendance haussière va se poursuivre au cours de l’exercice budgétaire 2017 avec 732,7 milliards de FCFA de recettes douanières, puis 803,2 milliards de FCFA en 2018. L’année 2019 a été pour l’administration des douanes camerounaises, celle du franchissement d’un nouveau cap. Au-delà de la consolidation des acquis et des objectifs fixés, l’institution va enregistrer des recettes de 917,7 milliards de FCFA dont 840,0 de recettes budgétaires, 96,7 milliards de recettes hors budget et 35,0 milliards de droits de transit sur le pipeline. Des recettes en hausse de 5,0% (+46,7 milliards) par rapport aux performances globales de 2018 évaluées à 925,0 milliards FCFA dont 92,2 milliards de recettes hors budget et 29,5 milliards de droits de transit sur le pipeline.

En 2020, l’économie camerounaise a été fortement touchée par les effets combinés de la pandémie de covid–19, de la persistance des crises sécuritaires et politiques et de la baisse des prix mondiaux du pétrole. Ainsi, en matière fiscale, l’objectif initial de recettes assigné à la direction Générale des douanes en 2020 sera de 859,2 milliards de FCFA puis ramené à 650 milliards de FCFA pour tenir compte des effets de la crise sanitaire. Par rapport à l’objectif révisé de 650 milliards de FCFA, la direction Générale des douanes va mobiliser 856,6 milliards de FCFA dont : 705,2 milliards de FCFA de recettes budgétaires ; 91,4 milliards de FCFA de recettes hors budget ; 36,8 milliards de FCFA de droit de transit sur le pipeline ; et 23,2 milliards de FCFA de recettes affectées.

Au terme de l’exercice budgétaire 2021, la direction générale des douanes a collecté une enveloppe de 851 milliards de FCFA. Selon son directeur général, Fongod Edwin Nuvaga, qui révélait ce chiffre le 26 janvier 2022, cette enveloppe de recettes budgétaires dépassait de 46,3 milliards de FCFA l’objectif de 804,7 milliards de FCFA fixé à la DGD dans la loi de finances 2021. Selon les données de la direction générale des Douanes, le pays avait mobilisé 897,4 milliards de FCFA en 2022 au titre des recettes douanières, soit une hausse de 5,3% comparativement à 2021. Des performances obtenues dans un environnement où l’engagement des agents des douanes s’est traduit sur le terrain par « de nombreuses saisies de marchandises de fraude, de contrebande, de contrefaçon, ainsi que des marchandises dangereuses pour la sécurité », avait alors expliqué le patron des douanes.

L’année 2023 a été particulièrement marquée par un contexte international et national fait d’incertitudes et d’incidences négatives. En dépit d’une conjoncture défavorable, la Direction Générale des Douanes (DGD) a pu compter sur ses partenaires historiques et nouveaux pour atteindre les objectifs identifiés sur trois strates, à savoir : accroître la mobilisation des recettes douanières en vue de soutenir les engagements budgétaires de l’Etat ; accompagner le développement de l’économie nationale ; assurer la protection de la société et garantir la sécurité nationale. Ainsi, en matière fiscale, l’objectif initial de recettes assigné à la Direction Générale des Douanes en 2023 était de 973,7 milliards de FCFA.

Par rapport à cet objectif, la Direction Générale des Douanes a mobilisé 1 019,8 milliards de FCFA. Une performance qui aura permis à la DGD de franchir la barre historique de 1 000 milliards de FCFA ; un taux de réalisation situé à 104,7%, soit une amélioration de 0,4 point par rapport au 104,3% de 2022.aucours de cet exercice, les recettes douanières ont connu une hausse de 13,2% en valeur relative et 118,7 milliards de FCFA en valeur absolue, comparées aux 901,2 milliards de FCFA mobilisés en 2022.

Au terme de l’année 2024, la Direction générale des douanes a mobilisé des recettes budgétaires de 1 055,9 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 96,5% par rapport à l’objectif révisé de 1 094,9 milliards de FCFA.  Pour l’ensemble de l’exercice 2025, la DGD table sur 1 114 milliards de FCFA de recettes douanières, soit 88,1 milliards de plus que les 1 055,9 milliards collectés en 2024. Déjà au 1er trimestre 2025, les recettes douanières ont atteint 265,3 milliards de FCFA contre 205,7 milliards à la même période en 2024, soit une progression de 29 %. Présentant, le 26 novembre 2025, le Programme économique et financier du Cameroun, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute indiquait que les recettes douanières ont atteint 830,1 milliards FCFA au mois de septembre 2025. Un montant qui représente 73,05 % de l’objectif annuel fixé à 1 136,2 milliards FCFA, confirmant la trajectoire haussière observée depuis le début de l’exercice budgétaire.

Une lutte sans répit contre la contre bande 

Sur les 10 dernières années, la Douane camerounaise a réalisé des saisies significatives et variées, incluant des tonnes de drogues (cocaïne, cannabis, tramadol), des médicaments de contrebande, des produits pétroliers illicites, des produits chimiques sensibles, de l’ivoire, des devises étrangères et des produits plastiques non biodégradables, avec des opérations comme HALCOMI III, visant à freiner le commerce illicite et à protéger l’économie et l’environnement. Par le biais des opérations qui ciblent les frontières poreuses (Nigeria) et les points de transit, 45 kg de cannabis ont été saisi en juin 2022 à Douala ; 560 cartons de produits pharmaceutiques d’une valeur de 127 millions FCFA. Courant 2025, une cargaison de cocaïne valant environ 9 milliards FCFA et plus d’une tonne d’emballages plastiques ont été saisis.

Fongod Edwin Nuvaga, un profil passionné de la douane

Pour mieux cerner les succès jusqu’ici enregistrés par Fongod Edwin Nuvaga à la tête de la Direction Générale des Douanes. Un petit détour sur son parcours professionnel est nécessaire. Après son Doctorat 3ème cycle en Economie et Etudes de Développement, il entre à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) en 1987. Major de sa promotion en 1989, son premier poste d’affectation va le conduire au Port de Douala, où il arrive comme Inspecteur de Visite à Douala Port II (1989-1993). Entre 1989 et 2015, il occupe huit postes différents. Chef secteur douane à plusieurs reprises, l’ancien enseignant bénéficie d’une expérience dans tous les secteurs. Depuis le contentieux, jusqu’à la liquidation, en passant par le contrôle. Son expertise reste palpable dans le projet de construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi. En sa qualité de Membre du comité mixte Douanes/COPIL-CIPK (Comité de Pilotage du Complexe Industrialo-Portuaire de Kribi). Chevalier de l’Ordre de la Valeur en 2009, Fongod Edwin Nuvaga imprime jusqu’ici, sa marque au sein de l’administration douanière camerounaise.  

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