A la UneConjoncture

Eau et assainissement : L’Afrique doit mobiliser 200 milliards USD d’ici 2030

C'est le montant de l'enveloppe que l'Afrique devrait mobiliser au cours des 05 prochaines années, si le continent veut atteindre la vision eau et assainissement pour tous de l'ODD 6 d'ici 2030. D'ailleurs, le diagnostic posé dès l’ouverture du 23e congrès de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement, le 9 février 2026, est lourd. Les besoins annuels d’investissement sont chiffrés à plus de 40 milliards USD, soit 22 000 milliards FCFA par an. Pour répondre à la multitude de défis exprimées, la rencontre de Yaoundé a permis de fixer le cap des réponses à apporter, avant la 24ème édition prévue en 2028, à Dakar au Sénégal.

En Afrique, le taux d’accès à l’eau potable gérée en toute sécurité n’est passé que de 17,9% à 23,7% au cours des 10 dernières années. Bien que cette augmentation soit modeste, les besoins en eau et assainissement ont explosé, portés par l’expansion urbaine et démographique, soutenu par la pression exercée sur les ressources hydriques. Sur la foi des chiffres officiels de L’AAEA, plus de 400 millions d’Africains n’ont pas accès à l’eau potable et près de 700 millions vivent sans assainissement. Répondre aux besoins exprimés par cette population n’appelle pas seulement à investir financièrement, à poser des actions fortes et durables, mais aussi à fédérer les différents sectoriels.

Une diplomatie de l’eau qui s’expose

Carrefour pour le renforcement des capacités, le réseautage B2B et le partage d’expérience entre les acteurs publics et privés du secteur de l’eau et de l’assainissement. Le congrès de Yaoundé a illustré l’urgence d’unifier la diplomatie autour de l’eau. Ici, 2000 participants, 500 délégués, 52 pays, 338 organisations, 104 exploitants, 42 entreprises issues d’institutions africaines et internationales, ont répondu présent. Les travaux articulés autour de 60 sessions de 250 communications scientifiques et professionnelles, pour 06 axes stratégiques couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur, ont permis de formuler des orientations stratégiques, claires et suffisantes pour l’avenir du secteur de l’eau et de l’assainissement africain. Démontrant ainsi le caractère sacré des questions hydrauliques, lesquels devrait prendre en compte le volet institutionnel.

Des institutions solides soutenue par la voix des collectivités, des femmes et des jeunes

À travers le monde, et plus encore en Afrique, la question de l’eau et de l’assainissement est devenue un marqueur du développement, un révélateur des capacités institutionnelles et un test de la solidarité collective. En vue d’élaborer des stratégies communes appropriées, les décideurs présents à Yaoundé, se sont accordé sur la nécessité de renforcer la protection des bassins de production, d’améliorer la croissance et la connaissance des ressources hydriques grâce à des systèmes de modélisation performants et à des données fiables. Également de promouvoir la communication sectorielle. En effet, la question hydrique devrait s’ouvrir à un leadership local affirmé et à capital humain responsable. Ce qui justifie le forum des maires, des femmes et des jeunes tenu en marge des assises de Yaoundé.

Capitaliser sur les avantages du numérique

Loin de l’engagement socio-politique. L’eau et l’assainissement épouse les avancées technologiques comme l’intelligence artificielle. Partenaire majeur du 23ème congrès, la compagnie de téléphonie mobile sud-africaine a placé la question au centre de ses préoccupations. À travers sa branche Business, Mtn a présenté son Smart water meter. Des compteurs d’eau intelligents qui permettent par des protocoles sécurisés, et sur les plates-formes formes numérique des opérateurs d’eau, de transférer automatiquement les données de consommation. Une solution déjà expérimenté au Cameroun par le gestionnaire du secteur de l’eau, la Cameroon Water Utilities Corporation. Qui au-delà, des paiements mobiles via les opérateurs Orange et Mtn, à via Dr. Blaise Moussa, son directeur général et Pierre Kaldadak, directeur général de la CAMPOST, co-signé le 14 novembre 2025, à Yaoundé une convention de partenariat. Celle-ci ayant pour objectif d’offrir un nouveau service d’encaissement électronique des factures de consommation d’eau de la CAMWATER à travers le vaste réseau national de la Campost. Si le siècle africain de l’eau et de l’assainissement affiche une tendance numérique. Celui-ci se fera également par la mise en œuvre de partenariats stratégiques.

Promouvoir les partenariats responsables et efficaces

La question de la soutenabilité financière s’impose avec acuité sur le continent africain. Dans un contexte de convergence des volontés, de mobilisation durable et de traduction concrète des engagements pris. Il est indispensable d’actionner des partenariats équilibrés, fondés sur la confiance, la responsabilité et l’efficacité.

À ce titre, le 11 février 2026, l’AAEA et AgroParisTech ont procédé à la signature officielle d’un protocole de collaboration stratégique. Un partenariat qui repose sur une vision pluriannuelle ambitieuse visant à accompagner la transformation des directions des ressources humaines du secteur. De plus, il s’articule autour du développement de programmes de formation spécialisés, de l’échange d’expertises académiques et opérationnelles, de la conception de modules numériques adaptés aux réalités africaines et de la mise en place d’outils de suivi et d’évaluation fondés sur des indicateurs de performance mesurables. Par ailleurs, l’ambition est d’installer une dynamique durable d’impact, en favorisant le benchmarking entre les services d’eau, l’anticipation des enjeux intergénérationnels, l’optimisation des compétences et la conduite du changement organisationnel.

Au niveau du Cameroun, divers partenariats ont vu le jour pour des projets déjà réalisés, en cours de réalisation ou en cours de préparation. Sous l’impulsion du gouvernement, des conventions de financement et de notification des marchés du Projet de reconfiguration du réseau d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé, ont été signées le 13 février 2026 à Yaoundé. Lesdites conventions concernent les belges Groupement PUTMAN / PHONIX Environnement et ASPAC Technics, puis l’italien GRUPPO ATURIA.

Pour ce projet qui devrait durer 36 mois, l’objectif des autorités camerounaises est de transformer radicalement le paysage hydraulique de la capitale. À en croire la fiche-projet, les principaux travaux à réaliser devraient permettre de :  garantir l’absorption de 480 000 m³/jour (contre 300 000 m³/jour actuellement) provenant des stations Paepys de Batchenga, Akomnyada et Mefou ; supprimer les rationnements et garantir une pression minimale de 1.5 bar en tout point du réseau ; réaliser 30 000 nouveaux branchements; faire passer le rendement du réseau de 52 % à 75 % ; d’augmenter la consommation spécifique des abonnés et accroître de 60 % le chiffre d’affaires de la Camwater pour la zone de Yaoundé.

Rappelons que la Camwater a également signé d’autres conventions de partenariats stratégiques, notamment le contrat commercial avec le partenaire technique britannique Biwater. Ce partenariat qui rentre en droite ligne du projet d’alimentation en eau potable de 13 villes secondaires dans le pays, va permettre à la Camwater d’acquérir 250 000 kits de branchements complets comprenant entre 230 000 et 250 000 compteurs. À terme, plus de 500 000 personnes réparties dans les localités bénéficiaires, devraient étancher leur soif et bénéficier d’un meilleur service d’assainissement. Un autre projet du genre, le SEWASH financé à hauteur de 50 millions USD par la Banque Mondiale, devrait fournir de l’eau potable à environ 650 000 personnes et permettre un accès à l’assainissement à 400 000 personnes dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord ; et 225 000 bénéficiaires supplémentaires devraient être approvisionnés en eau potable dans les villes de Douala et Yaoundé.

Faire de la success story des pays, un cas d’école pour le reste du continent

L’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement adéquats relève de droits fondamentaux, indissociables de la dignité humaine. Leur effectivité requiert des décisions courageuses, des politiques publiques cohérentes et une mobilisation collective soutenue et une prise en compte des succès qui se vivent sur le continent. Prenant part au 23ème congrès international, l’Office National de l’Assainissement du Sénégal (ONAS) a présenté sa recette pour la gestion et la valorisation des boues de vidange.

Centré sur une approche coordonnée de l’Onas autour d’autres opérateurs privés. L’assainissement est à l’autonome et collectif. Sur le maillon autonome, l’office travaille avec le privé pour structurer, professionnaliser le secteur des vidangeurs, avoir un certain nombre de vidangeurs agréés et soumis aux normes. Sur le collectif qui est l’orientation phare de ces deux dernières années, l’office a pour mission la maîtrise d’ouvrage, la planification et la maîtrise d’œuvres sur les projets d’assainissement ainsi que l’exploitation du réseau d’assainissement. Grâce au système collecter-traiter-réutiliser, les boues de vidange sont commercialisées sous forme d’engrais bio ou d’eau épurée. Ce qui permet de promouvoir l’économie circulaire et préserver la ressource en eau potable.

Une initiative similaire est portée le ROCOBY GIE, une entreprise privée de droit camerounais, créée en 2019. Grâce au projet RASOP-Africa lancé par l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), en partenariat avec la FBMG. Le groupe se positionne désormais comme un partenaire stratégique de l’État, des collectivités territoriales décentralisées, des entreprises publiques et privées, ainsi que des ménages. Il se distingue par une offre de services intégrée, couvrant trois maillons clés de la chaîne de valeur de l’assainissement liquide : le transport, le traitement et la valorisation des boues de vidange.

Alors que le stress hydrique devient une réalité mondiale, l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) du Maroc a mis en vitrine son expertise lors du 23ème congrès de l’AAEA. Entre recours massif au dessalement et dynamisation de l’économie par les partenariats public-privé (PPP), le Royaume propose une feuille de route aux autres nations africaines.

Si le traitement conventionnel des eaux de surface reste une base, c’est désormais vers l’Atlantique et la Méditerranée que le pays se tourne. Le dessalement d’eau de mer n’est plus une solution d’appoint, mais un moteur de développement. Il remplit un triple objectif qui est de sécuriser l’accès à l’eau potable pour une population en constante croissance ; soutenir l’industrialisation accélérée du Royaume, gourmande en ressources hydriques ; préserver les nappes phréatiques et les barrages pour d’autres usages, notamment agricoles.

S’ouvrir à l’expertise internationale

Au moment où le continent africain entame progressivement son l’industrialisation, tout en s’ouvrant à la dynamique du commerce international. La gestion de l’eau et de l’assainissement en Afrique trouve également une place dans le choix des matériaux. À Yaoundé, l’occasion a été donnée aux firmes internationales pour exposer leur savoir-faire. Qu’elles soient françaises, belges ou chinoises, ces entreprises apportent l’expertise nécessaire à la modernisation des infrastructures africaines.

Pour confirmer la donne, Dr Blaise Moussa, Président de l’AAEA a effectué le 11 février 2026, une visite exhaustive des stands. Un parcours stratégique marqué par des échanges de haut niveau avec les leaders du secteur. À travers une immersion du dans l’univers des solutions technologiques proposées par les grands groupes internationaux. SOGEA SATOM, CGOC et AQUAVALEY rassurent quant aux défis liés à la construction de réseaux de distribution durables. Dans le segment chimie et traitement, SOLEVO propose des solutions de potabilisation. Tandis que INTERPLAST, LESSO et TMS se veulent leaders dans la tuyauterie et canalisation ; BAYLAN et SOPAL affiche ses outils de comptage et mesure pour lutter contre l’eau non-facturée ; EAU BRUTE RAW WATER consacrant son expertise sur l’optimisation des ressources naturelles avant traitement.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page