Économie numérique : Le e-commerce camerounais change d’échelle… et d’impôt
Porté par l’essor du Mobile Money, l’appui public aux PME et l’arrivée de nouveaux outils logistiques, le commerce en ligne a progressé de 18 % en 2024. Cette vitalité transforme désormais le secteur en terrain fiscal stratégique pour l’État, qui déploie une panoplie de taxes ciblant plateformes et vendeurs numériques.

Le commerce électronique a cessé d’être un simple marché d’initiés pour devenir un vrai moteur d’activité. En 2024, le chiffre d’affaires des plateformes opérant au Cameroun a bondi de 18 % sur un an, selon l’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Dans le même temps, les efforts de formation ont gagné en intensité : 75 entreprises ont été accompagnées, contre 52 deux ans plus tôt.
Ce double mouvement – montée en compétences et hausse des ventes – a permis à de nombreuses PME de mieux positionner leurs produits au-delà des frontières, grâce à l’appui du ministère du Commerce et du secrétariat du Commonwealth.
L’écosystème s’élargit à mesure que les obstacles pratiques reculent. MTN Cameroun, via sa filiale Mobile Money Corporation, a récemment mis sur le marché une carte prépayée virtuelle dédiée aux achats en ligne. Une innovation qui vise surtout les consommateurs non bancarisés, longtemps écartés des plateformes internationales. Parallèlement, Cameroon Postal Services prépare son retour dans l’e-commerce après une courte expérience avec Jumia. L’entreprise publique veut lancer sa propre plateforme, baptisée Bolamba, annoncée pour 2026 par la ministre Minette Libom Li Likeng. Deux hubs logistiques sont prévus dans les aéroports de Douala et Yaoundé, sur des sites concédés par la Société des aéroports du Cameroun.
L’enjeu économique est considérable. Le marché local du e-commerce pourrait atteindre près de 531 milliards de FCFA en 2025, d’après Statista. Dans ce contexte, l’État entend structurer et sécuriser les recettes issues des échanges numériques. Depuis 2020, les ventes et services réalisés en ligne sont soumis à la TVA. Les droits de douane s’appliquent aux marchandises importées depuis 2023. En 2024, un impôt allégé de 5 % sur les bénéfices non commerciaux a été instauré pour les particuliers actifs sur les plateformes numériques.
Dernier jalon en date : depuis janvier 2026, les plateformes opérant au Cameroun sans implantation physique sont redevables de l’impôt sur les sociétés, au taux plancher de 3 % du chiffre d’affaires local. Au-delà d’un certain volume d’activité, elles basculent vers le régime classique, avec une imposition de 30 % sur le bénéfice réel. Pour le ministère des Finances, l’objectif est clair : éviter que la dématérialisation des transactions n’érode les ressources publiques. Pour les acteurs du secteur, le défi sera de maintenir l’élan commercial tout en absorbant ces nouvelles charges.
Entre expansion numérique et encadrement fiscal, le e-commerce camerounais avance désormais sur une ligne de crête. Un funambule économique, suspendu entre opportunité et obligation, qui dessine déjà la prochaine frontière des recettes publiques.



