Énergie et géopolitique : Le Golfe de Guinée, nouveau terrain de jeu des géants du pétrole
Longtemps en retrait des grandes campagnes d’exploration, l’offshore du Golfe de Guinée attire à nouveau les majors pétrolières. Portées par des découvertes prometteuses et des réformes réglementaires, ces compagnies y voient une opportunité stratégique pour renouveler leurs réserves, malgré des défis techniques et financiers persistants.

Après plusieurs années de prudence budgétaire, les grandes compagnies pétrolières internationales redéploient leurs efforts d’exploration vers l’Afrique de l’Ouest. Le Golfe de Guinée, de la Mauritanie à l’Angola, redevient une zone prioritaire dans leurs portefeuilles. Chevron, TotalEnergies, Shell ou encore Eni ont récemment acquis ou renforcé leurs positions sur de nouveaux blocs offshore. Ce regain d’intérêt s’explique par un double facteur. D’une part, les réserves commerciales des groupes pétroliers s’érodent progressivement sous l’effet d’une exploitation soutenue. D’autre part, la demande mondiale en hydrocarbures se maintient à un niveau plus élevé qu’anticipé, repoussant les scénarios d’un déclin rapide du pétrole et du gaz.
Les chiffres confirment ce mouvement : une part significative des volumes découverts dans le monde depuis le début de la décennie provient désormais de cette façade atlantique africaine. Le Golfe de Guinée s’impose ainsi comme l’un des rares espaces combinant potentiel géologique et accès à l’offshore profond.
Des majors à l’offensive sur les blocs offshore
Parmi les acteurs les plus actifs, TotalEnergies s’est distingué en multipliant les contrats de partage de production en Afrique centrale et occidentale. Shell, de son côté, a signé son retour en Angola après deux décennies d’absence, tandis que Chevron a fait une entrée remarquée dans le bassin couvrant la Mauritanie, le Sénégal et les pays voisins. L’exploration ne concerne pas seulement le pétrole. En Angola, un forage ciblé sur le gaz a révélé des volumes importants, confirmant que la région pourrait devenir un pôle énergétique diversifié. Ces opérations traduisent une volonté claire : reconstituer des portefeuilles d’actifs après une période marquée par la discipline financière et la réduction des investissements.
Réformes étatiques et attractivité retrouvée
Les gouvernements riverains jouent un rôle clé dans cette renaissance. L’Angola a récemment ajusté son cadre fiscal pour rendre les blocs matures plus attractifs, tout en s’affranchissant des contraintes de production liées à l’OPEP. Le Nigeria, principal producteur africain, a mis en place de nouvelles incitations pour attirer les compagnies internationales vers son offshore, allant jusqu’à proposer plusieurs dizaines de blocs lors d’appels d’offres récents. Ces mesures visent à sécuriser les investissements dans un contexte où la concurrence mondiale pour les capitaux est forte. Elles renforcent la perception du Golfe de Guinée comme une zone où les règles du jeu deviennent plus lisibles pour les opérateurs étrangers.
Découvertes majeures, obstacles persistants
La région concentre désormais certaines des plus grandes découvertes africaines récentes, notamment au large de la Namibie et dans les zones voisines. Plusieurs champs sont évalués à plusieurs milliards de barils équivalent pétrole, suscitant l’optimisme des investisseurs. Cependant, l’équation économique reste délicate. Les forages en eaux très profondes, la complexité des réservoirs et le coût des infrastructures offshore pèsent lourdement sur la rentabilité. Certaines compagnies ont déjà enregistré des pertes sur des projets jugés trop coûteux à développer, sans pour autant renoncer à leurs ambitions régionales.



