Énergies renouvelables : Sous le soleil brûlant, les panneaux solaires africains perdent de leur éclat

Dans une région où des centaines de millions d’habitants restent privés d’électricité, l’énergie solaire apparaît comme une solution presque évidente. Abondante, propre et théoriquement bon marché, elle s’impose dans les politiques énergétiques de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Pourtant, derrière cette promesse lumineuse, se cache une contrainte majeure : les panneaux solaires supportent mal les conditions environnementales locales. Des chercheurs tanzaniens, issus de l’Arusha Technical College et de la Nelson Mandela African Institution of Science and Technology, ont analysé les performances réelles de systèmes photovoltaïques installés dans plusieurs pays. Leur constat est clair : la chaleur et la poussière amputent sensiblement la production d’électricité.
Les panneaux solaires sont conçus pour fonctionner de manière optimale autour de 25 °C. Or, dans de nombreuses zones subsahariennes, la température à la surface des modules dépasse régulièrement les 40 °C en journée. Dans certains cas, elle franchit même le seuil des 70 °C. Ces températures élevées provoquent une baisse de la tension électrique et augmentent les pertes internes du système. Résultat : les modules en silicium cristallin, largement utilisés, peuvent perdre jusqu’à 20 % de leur efficacité. Pour les installations rurales ou hors réseau, déjà dimensionnées au plus juste, ces pertes ont un impact direct sur l’accès à l’électricité.
Autre facteur critique : l’accumulation de poussière. Contrairement aux zones désertiques, la poussière présente en Afrique subsaharienne est souvent mêlée à des particules organiques, à de l’humidité et à des résidus salins. Ce mélange adhère facilement à la surface des panneaux et bloque une partie du rayonnement solaire. Selon les milieux, les pertes de production varient fortement. Dans les zones industrielles, notamment autour des centrales à charbon ou des mines, elles peuvent dépasser 60 %. Sur les chantiers de construction, la baisse peut atteindre plus de 70 %. Même dans les régions agricoles, la poussière issue des sols et des engrais réduit l’efficacité d’un quart environ.
Pour limiter l’effet de la chaleur, les chercheurs ont étudié différentes méthodes de refroidissement. Les systèmes passifs, comme la ventilation naturelle ou l’usage de matériaux dissipant la chaleur, permettent un gain modéré sans consommation supplémentaire d’énergie. Les solutions actives, plus performantes, nécessitent en revanche de l’eau ou de l’électricité, ce qui les rend peu adaptées aux zones isolées. La question de l’entretien reste également centrale. Dans de nombreuses localités rurales, le manque de moyens financiers et d’infrastructures complique le nettoyage régulier des panneaux, pourtant indispensable pour préserver leur rendement.
Face à ces limites, les auteurs de l’étude appellent à un changement de stratégie industrielle. Ils recommandent de développer des panneaux capables de fonctionner efficacement à haute température, d’adapter les protocoles de nettoyage aux réalités locales et de créer des certifications spécifiques aux climats tropicaux. À l’heure où l’Afrique subsaharienne cherche à bâtir son avenir énergétique, l’enjeu n’est donc pas seulement d’installer plus de panneaux, mais d’installer de meilleurs panneaux. Sous un soleil implacable, la transition énergétique ne pourra réussir qu’avec des technologies conçues pour résister à la chaleur et à la poussière du continent.



