Filière cacao : Le prix du cacao replonge sous le seuil psychologique des 2 000 FCFA/kg
Le marché du cacao camerounais traverse une nouvelle zone de turbulence. Début février 2026, le prix du kilogramme de fèves à l’embarquement au port de Douala est repassé sous la barre des 2 000 FCFA. Une évolution qui fragilise les revenus des producteurs et interroge les ambitions économiques du pays pour la campagne 2025-2026.

Les chiffres publiés par le Système d’information des filières (SIF) de l’Office national du cacao et du café indiquent qu’au 5 février 2026, le kilogramme de cacao se négociait entre 1 800 et 1 950 FCFA à l’exportation. En l’espace de deux semaines, le marché a perdu près de 300 FCFA. Ce retournement rompt avec les attentes des acteurs, qui misaient sur une remontée progressive des cours avec l’installation de la saison sèche. La baisse est d’autant plus symbolique qu’elle fait franchir à la fève un seuil très suivi par la profession. En dessous de 2 000 FCFA/kg, la rentabilité devient plus incertaine pour de nombreux producteurs, déjà confrontés à la hausse des coûts d’entretien des plantations et au transport des récoltes.
Dans les zones de production, l’évolution des prix est ressentie comme un coup de frein. Traditionnellement, la saison sèche améliore les conditions logistiques et réduit les pénalités appliquées par les acheteurs. Cette année, ces ajustements n’ont pas suffi à soutenir les prix payés aux planteurs. Résultat : l’optimisme suscité par la fin des pluies s’est rapidement dissipé. Pour beaucoup d’exploitants, cette contraction intervient à un moment stratégique, alors que les besoins financiers augmentent avec la préparation de la prochaine campagne. Les syndicats paysans redoutent un découragement progressif des producteurs si la tendance se prolonge.
Les projections des pouvoirs publics, qui tablaient sur des prix compris entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg pour la campagne 2025-2026, se heurtent désormais à la réalité du marché. Pourtant, le cacao est devenu un levier central de l’économie nationale. Ces dernières années, la filière a connu une croissance spectaculaire, portée par des cours mondiaux élevés. En 2022-2023, les prix avaient atteint des niveaux historiques, dépassant parfois 6 000 FCFA/kg. Plus récemment, au premier trimestre 2025, le cacao s’est hissé au rang de première source de recettes d’exportation du pays, devant les hydrocarbures, avec plus de 500 milliards FCFA enregistrés selon les données officielles.
La baisse actuelle rappelle la forte sensibilité du cacao aux variations du marché international. Exportateurs, autorités et organisations de producteurs plaident pour un mécanisme de concertation plus régulier afin de mieux amortir les chocs de prix. L’enjeu est double : protéger les revenus des planteurs tout en conservant l’attractivité du cacao camerounais à l’export.
À court terme, la filière se retrouve à la croisée des chemins. Si la tendance baissière se confirme, elle pourrait peser sur les recettes publiques et sur la motivation des producteurs. À l’inverse, un redressement rapide permettrait de consolider la place du cacao comme pilier stratégique de l’économie camerounaise. La suite de la campagne dira si cette chute n’était qu’un passage nuageux ou le signe d’un changement durable de météo sur le marché du cacao.



