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Finance publique : La SRC mise sur la “Silver Notice” d’Interpol pour accélérer la chasse aux avoirs cachés hors du Cameroun

Face aux limites persistantes du recouvrement des créances publiques, la Société de recouvrement des créances (SRC) veut franchir une nouvelle frontière : celle des avoirs dissimulés à l’étranger. En s’intéressant à la “Silver Notice”, un dispositif récent d’Interpol dédié à la criminalité financière, l’entreprise publique camerounaise espère renforcer la localisation, la saisie et la récupération de patrimoines issus d’infractions économiques, tout en soutenant les recettes non fiscales de l’État.

Le curseur du recouvrement camerounais glisse désormais bien au-delà des frontières nationales. Chargée de nouvelles responsabilités dans la gestion des biens gelés, saisis et fiscaux, la Société de recouvrement des créances entend élargir ses capacités d’action grâce à une coopération plus étroite avec Interpol. Au cœur de cette ambition : la mobilisation de la “Silver Notice”, nouvel outil international destiné à repérer les avoirs liés à des activités criminelles. Pour la direction générale de la SRC, cette ouverture répond à une exigence simple : suivre les flux là où ils s’évaporent. Dans les affaires de fraude, de corruption ou de blanchiment, les capitaux et les biens changent souvent de juridiction avec une facilité de funambule. Sans relais transnational, les procédures nationales se heurtent vite à un mur invisible.

Lancée en 2025 dans le cadre d’une phase pilote réunissant plus d’une cinquantaine d’États, la “Silver Notice” d’Interpol marque une évolution dans la coopération policière en matière financière. Contrairement aux mécanismes classiques centrés sur les personnes recherchées, ce dispositif s’intéresse directement aux actifs : immeubles, comptes bancaires, véhicules, parts sociales ou autres patrimoines soupçonnés d’être issus d’infractions graves. L’intérêt de cet instrument réside dans sa capacité à faire circuler rapidement des demandes d’informations entre pays membres. Une fois localisés, les biens peuvent nourrir des procédures de gel, de confiscation ou de restitution, sous réserve du respect des cadres juridiques de chaque État. Pour la SRC, ce filet argenté pourrait devenir une boussole dans la traque des patrimoines exfiltrés.

Cette stratégie internationale intervient alors que les résultats de l’entreprise restent jugés insuffisants. Un audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême a relevé qu’entre 2018 et 2022, moins de 30 % d’un portefeuille de créances estimé à 597 milliards de FCFA a effectivement été récupéré. Ce rendement limité nourrit le plaidoyer en faveur d’un renforcement du recouvrement non fiscal. Dans un contexte budgétaire sous tension, la récupération d’avoirs criminels apparaît comme une source alternative d’oxygène pour les finances publiques, susceptible d’atténuer la dépendance à l’augmentation régulière des prélèvements fiscaux. En filigrane, c’est toute la question de la diversification des recettes de l’État qui se dessine.

Au-delà de l’outil technico-juridique, la SRC semble vouloir bâtir un écosystème de compétences. À Yaoundé, l’entreprise a récemment organisé, en partenariat avec la police nationale, une session de formation de cinq jours consacrés à la lutte contre la corruption, au blanchiment des capitaux et au recouvrement des avoirs criminels. Animée par des experts d’Interpol, cette rencontre a réuni agents des impôts, forces de sécurité et structures engagées dans la lutte anticorruption. L’objectif est limpide : transformer l’accès à l’information internationale en résultats concrets sur le terrain.

Reste la grande inconnue, celle qui plane comme une serrure complexe : l’efficacité opérationnelle. La localisation d’avoirs à l’étranger n’est qu’une première étape. Leur récupération dépend ensuite de la qualité des dossiers nationaux, de la célérité des procédures judiciaires et du niveau de coopération entre administrations et partenaires étrangers. La SRC ouvre donc un nouveau chapitre de son action, où la technologie policière internationale rencontre les impératifs budgétaires nationaux. Si la “Silver Notice” tient ses promesses, elle pourrait offrir au Cameroun un levier inédit pour transformer les créances dormantes en ressources bien réelles.

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