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Gouvernance portuaire : À Douala, le coût caché des formalités pèse sur les camions

Une enquête conduite en 2024 dans l’enceinte du Port de Douala révèle que des procédures encore partiellement numérisées et des pratiques irrégulières renchérissent les coûts et allongent les délais de sortie des marchandises. Jusqu’à 180 000 FCFA par camion peuvent être engloutis dans des formalités diverses.

Dans la ruche portuaire de Douala, les plateformes numériques existent, mais leurs ailes battent à mi-régime. L’Observatoire régional des pratiques anormales souligne que plusieurs étapes clés du transit et du dédouanement exigent encore des passages en présentiel. L’émission de certains documents, comme les titres de transit ou la lettre de voiture internationale, n’a pas totalement migré vers le numérique. Résultat : des guichets qui s’ouvrent trop souvent sur des “frais non officiels”, selon une partie des commissionnaires interrogés.

Le chronomètre logistique ne sourit pas aux transporteurs. La sortie d’une marchandise du port prend en moyenne huit jours, tandis que les camions stationnent environ trois jours à l’intérieur de la zone portuaire. À ces délais s’ajoutent des dépenses jugées excessives pour certaines prestations techniques, notamment le pesage et la pose de balises GPS. Dans les cas les plus lourds, l’addition des formalités peut atteindre 180 000 FCFA par véhicule, un surcoût qui finit par se répercuter sur toute la chaîne, du commerçant au consommateur.

Face à ces constats, l’enquête recommande un triptyque : accélérer la numérisation complète des procédures, renforcer les contrôles internes et créer des canaux de dénonciation des abus, comme des numéros verts ou des plateformes anonymes. L’objectif est simple comme une équation de trafic : moins de contact physique, moins d’occasions de pratiques illicites. Le Port annonce d’ailleurs la finalisation prochaine de son système d’information portuaire, censé centraliser les données des armateurs, consignataires et manutentionnaires dans un module unique.

L’étude s’inscrit dans le Programme d’appui à la gouvernance des infrastructures régionales et nationales en Afrique centrale (PAGIRN), avec l’appui financier de l’Union Européenne. Ses objectifs vont au-delà du diagnostic : identifier les goulots d’étranglement, mesurer la performance des institutions impliquées et proposer des solutions concrètes pour fluidifier le transit. Une démarche similaire a d’ailleurs été menée au Port de Kribi, signe que la problématique dépasse le seul cas de Douala.

Au niveau communautaire, la question de la fluidité des corridors s’impose comme une pièce maîtresse de l’intégration économique. Sur la base des recommandations de l’Observatoire, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale a déjà lancé une Brigade mixte dédiée à la lutte contre les entraves au transit, en cours de déploiement dans les États membres. En parallèle, un Observatoire régional des transports est à l’étude pour mieux suivre les performances des axes logistiques.

La perspective d’une dématérialisation intégrale d’ici 2026 nourrit l’espoir d’un port plus fluide, où les dossiers voyageront à la vitesse des clics plutôt qu’au pas des tampons. Mais l’enquête rappelle que la technologie n’est qu’un gouvernail : sans discipline administrative et sans mécanismes de sanction crédibles, la mer des formalités restera agitée. Pour Douala, le défi est donc double : moderniser ses outils et assainir ses pratiques, afin que chaque camion qui franchit ses grilles n’emporte plus avec lui le poids invisible des surcoûts.

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